Pubs noires

Tiens, je reçois des courriers marketing de bon goût aujourd’hui :

  • Mon assurance auto qui me donne un conseil avisé au vu de l’actualité française :

(Partagez la route avec les gros camions en toute sécurité)

  • Et une boite de crémation du coin qui adresse une promo à l’ancien résident :

A l’intérieur, il est dit que l’avantage de la crémation, c’est que c’est moins cher. Et que faut y penser maintenant parce que des fois, la mort arrive plus tôt que prévu.

Bien vu les gars, mais le mec a trouvé encore moins cher. Dans l’incendie de sa maison.

Fuck gentrification

Comme prévu, Berkeley a eu raison de nous. Trop pauvres pour acheter une bicoque dans notre ville d’accueil. Ce printemps (car ça monte chaque année), une maison avec 3 chambres était listée en moyenne à $800,000 et partait à $1,200,000. On a hésité à partir dans les terres 20 minutes plein est, côté Walnut Creek avec ses grandes baraques plus abordables en pleine campagne et pleine chaleur, mais aussi sa population et son esprit très WASP. Comme on s’est habitué à la vie plus urbaine et plus cosmopolite de la Baie, on a choisi Oakland, située juste dessous Berkeley et en face de San Francisco.

On est sur le point bleu, une rue au sud de Berkeley
On est sur le point bleu, une rue au sud de Berkeley

Oakland

Oakland est mondialement connu comme étant une capitale du crime (“mondialement” aux Etats-Unis signifie aux Etats-Unis), la 2ème ville la plus dangereuse du pays, il parait. Pour beaucoup, Oakland se traverse en empruntant l’autoroute ou le corbillard. Faut reconnaitre que la 1ère vision d’Oakland qu’on a en prenant le BART (=RER) en venant de San Francisco vous met pas en extase. A droite, le port gigantesque façon “The Wire”, à gauche des visions de West Oakland façon “New York 1997”.

Mais Oakland est immense, et variée comme peu de villes le sont ici (à part SF). Si West Oakland reste un peu glauque par (rares) endroits, la partie Est qui borde la colline (Montclair, Claremont) est rupine ; le nord qui jouxte Berkeley est bobo ; le centre branchouille et animé. Et comme dans toutes les villes ici, même au sein du même quartier, l’ambiance peut changer totalement d’un bloc à l’autre.

Et puis le crime est pas la seule activité tendance, les enfants de la balle occupent la scène artistique aussi ; c’est nous môssieur que Stromae avait choisis l’an passé sur la Baie. Y’a de la vie nocturne, pleins de restos et bars à vin. Le New York Times avait classé la ville en 5ème place dans un classement des endroits à visiter au monde (sic, c’est du top-bobo ce classement). On cartonne en sport (les Warriors sont la meilleure équipe de basket au monde – monde=Etats-Unis pour rappel). Et surtout on est les rois des poubelles aussi, et ça, ça rend fier !

Bon, certains peuvent pipoter autant qu’ils veulent, si Oakland fait peur, c’est aussi par sa population noire. Comme en France avec la population magrhébine. On a vécu la même chose habitant à la Guillotière, à Lyon. Tous ces non-blancs qui “trainent” dans la rue font peur à ceux qui n’en voient pas dans leur quartier.

Tiens d’ailleurs, quand il a fallu qu’on trouve de nouveaux locataires pour notre maison de Berkeley Hills, notre proprio nous a demandé d’éviter les noirs. Mais pour leur bien hein ! Car ils ne se seraient pas sentis bien dans le quartier, qu’elle nous a dit.

Fuck gentrification

Pourtant la population noire d’Oakland décline ; 44% de la population en 1990, 28% en 2010. Plus globalement, les plus pauvres se font jarter d’Oakland comme ils se sont déjà fait jarter de SF. Et ceux qui sont maintenant trop limites pour continuer à vivre sur SF viennent sur Oakland et délogent les moins riches qui doivent remonter au nord ou à l’est de la Baie. La Silicon Valley suit le mouvement, elle continue de migrer sur SF mais commence maintenant à s’installer ici.

Oakland devient peu à peu un nouveau coin bobo de la Baie, notamment le quartier qu’on a choisi (enfin quand on achète dans la Baie, on choisit pas vraiment). Son nom, NOBE (North-Oakland / Berkeley / Emeryville) a été inventé par des agents immobiliers qui ont monté une opération marketing pour redonner un attrait à cette partie de la ville.

Evidemment les gens du coin trouvent qu’Oakland perd son âme avec cette nouvelle population. Les vieilles maisons sont rasées et reconstruites à neuf. C’est le cas de la nôtre comme déjà d’autres juste dans notre rue. Du coup on se retrouve avec des messages d’accueil comme celui-ci inscrit sur notre trottoir.

fuck-gentrification
On a de la chance, d’autres maisons sont carrément taguées

Mon fils m’a demandé ce que ça voulait dire, mais j’ai pas eu le temps de commencer à lui expliquer qu’il était parti pour l’effacer avec sa soeur. Dans 10 ans mon gars, c’est peut-être toi qui l’écrira pour ceux qui vont nous virer. D’ailleurs, on aurait du l’écrire sur notre ancien trottoir, le loyer a grimpé de plus de 10% (niveau d’augmentation moyen constaté chaque année ici). On peut toujours se consider le gentrifié d’autrui.

Dans ma rue

Bon c’est sûr qu’entre ça, plus un mec dessoudé au coin de notre rue la veille de notre emménagement, plus les voisins qui rigolent à la vue des pigeons qui ont mis aussi cher pour acheter dans le quartier, on a traversé quelques moments circonspects au début. Je m’étais aussi abonné à un des nombreux sites qui recensent les crimes et délits quotidiens, mais c’était pas l’idée la plus heureuse, même si tu t’endors avec la douce surprise d’être toujours vivant à la fin de la journée.

Et puis quitter les belles maisons de Berkeley Hills, les vues sur la Baie, la verdure dans les rues, les playgrounds des enfants, les biches, les écureuils, les petites boutiques et restos…

Finalement, on a fait le tour du nouveau voisinage, on n’a vu que des gens qui nous accueillaient chaleureusement et qui nous vantaient le quartier. Je n’ai discuté qu’une fois et brièvement avec une voisine dans notre quartier précédent, là je connais déjà 5 prénoms de voisins.

On a des voisins vietnamiens qui sont là depuis 23 ans et qui ont acheté à l’époque leur baraque moins de $100,000 (elle en vaut probablement 7/8 fois plus maintenant). Une mamie en face qui est là depuis 54 ans et dont j’espère qu’elle nous racontera sa traversée de l’histoire noire-américaine. De plus en plus de familles blanches bien sûr, mais plus discrètes, comme nous quoi.

La vie est plus animée, ça sent parfois le chichon (ça rappelle la Guillotière), on entend des poules, de la bonne zik tendance blaxploitation, quelques coups de feu pour pimenter l’ambiance. Ca demande une réacclimatation mais ça s’annonce bien.

Chaud mais bien.

Agence de voyage

De retour de France, on a vu des voyages qui s’organisaient pour venir nous voir. Alors on s’est dit que ça pourrait être utile de donner 2/3 conseils pour préparer son voyage : formalités administratives, réservation du vol, douanes, planification d’un roadtrip, etc.

Si j’avais une 2ème vie, j’ouvrirais bien une agence de voyage, tiens. Pour le plaisir de faire découvrir. Enfin surtout pour le plaisir d’envoyer les pires trouducs au bout du monde (pas vous, hein !).

Ça se passe ici : Conseils (à enrichir avec le temps et le courage).

Lacenas-Berkeley.fr, c’est fini. Place à la ricanologie.

Lacenas-Berkeley.fr, c’est fini.

Faut dire que Lacenas, on se souvient à peine de ce que c’est. Et Berkeley, on n’est pas sûr d’y être encore dans un an. C’est con car qu’est-ce que ça faisait rêver comme adresse Lacenas-Berkeley.fr ! Magique d’invention et de subtilité. Mais c’était une adresse de transition. Et puis donner des nouvelles et raconter ma vie, c’est pas mon truc. J’ai pris une femme pour ça, que diable. Mais je suis pas tombée sur une blogueuse. Ses archives WhatsApp explosent pourtant le volume de ce blog, mais elle se sent pas chez elle sur ce blog, qu’elle me dit. Je vais quand-même pas changer de femme pour ça, j’ai des principes.

Bon je peux pas non plus arrêter de donner des nouvelles aux proches du jour au lendemain. Mais je vais prendre plus de libertés et ouvrir la boite de Pandore sur un sujet que j’osais à peine aborder jusque là. Donc j’en profite pour changer maintenant le nom du blog.

Car on est aux Etats-Unis. Et ici, y’a un truc juste incroyable, qui n’existe nulle part ailleurs. Du moins pas dans les mêmes proportions. Les ricains. Un truc de fous. 14 mois plus tard, je comprends toujours pas comment c’est possible. Tous les immigrés que je vois semblent d’accord, mais personne n’ose vraiment critiquer en public. Ici on dézingue avec un flingue, pas avec des mots.

De dieu, ils le font tant souffrir le bonhomme, que vous devez vous demander ? Non, même pas, je les aime bien nos hôtes. Et ils font toujours comme s’ils me le rendaient bien, les filous. C’est juste qu’ils me glissent entre les doigts. Je passe mon temps à me dire qu’entre de nos deux parties, l’une doit être quelque peu demeurée. Et ça peut pas être eux, ils sont à la tête de la première puissance au monde. Dirigent les plus grandes boîtes, toujours à la pointe de l’innovation, toujours en avance sur tout. Les meilleurs sportifs, les meilleurs chercheurs, les meilleurs journalistes. Inondent le monde entier de leur production culturelle, leur mode de vie, leur bouffe.

Donc je cherche à comprendre. Faut que je pose les choses sur l’écran. Et j’en ai des sujets qui me titillent : sur le mode de vie, la manière de communiquer, de travailler (sic), d’éduquer les gamins, de faire de la politique, le rapport à l’argent, etc. Tiens, je vais tenir la liste sur cette page si vous voyez des trucs qui vous intéressent. D’où la nouvelle adresse ricanologie.com qui remplace désormais lacenas-berkeley.fr.

De l’esprit et de la foi, j’ai pas honte de dire que y’en aura plein, mais que du mauvais et de la mauvaise. Faudra accepter les dérives cathartiques incontournables d’un petit froggie qui vit au milieu de 300 millions de gus qui martèlent à longueur de temps qu’ils sont les meilleurs du monde et que tout est génial. Au début, je levais mon index pour demander gentiment “Vous êtes sûrs les gars ?”, maintenant je lève un peu plus mon majeur (c’est ma belle-soeur qui m’a appris).

Mais ça sera pas à charge. Toute appréciation négative cache toujours un pendant positif. Et vice et versa. C’est ça qu’on apprend sur place. Que chaque chose se tient dans un tout. C’est bien pour ça que je me plais autant ici. Forcément, ça dégoulinera de généralités débiles. Et ma crédibilité sera limite vu notre courte expérience. Donc je me prendrais des mandales et c’est bien comme ça que j’en apprendrai plus.

Mais j’ai appris ici à me décomplexer et ne plus attendre de devenir intelligent pour sortir des trucs énormes. Le ricaneur que j’ai toujours été fera comme s’il était un ricanologue confirmé. C’est ça l’Amérique !

NB : Donc faut maintenant utiliser http://ricanologie.com. lacenas-berkeley.fr redirigera sur ricanologie.com pendant quelques mois. Mais après basta. Les anciens billets restent. Les abonnements aux notifications des nouveaux billets aussi.

Show-girl Show-boy

Superstar DJ’s
Here we go!

L’Amérique est vraiment une fabrique de show-men et de show-women, ça se vérifie à la maison.

Mais chez les enfants seulement, je vous rassure.

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Papa chéri

– Papa, est-ce que demain tu pars à ton travail de Francico ?

– Non, demain je reste bosser à la maison.

– Ouais, trop bien, trop bien ! Chui trop contente mon papa chéri ! J’taime trop !

Si c’est pas mimi d’avoir des gosses quand-même. Sentir l’amour filial, inconditionnel. Surtout, quand gosse, on a jamais pu appeler quelqu’un papa. L’émotion m’étreint.

– Comme ça, on aura droit d’avoir du Nutella au tit-déjeuner.

– …

Bande de gros bâtards, va.

Encore plus sournois que leur père.

Road trip 2015 – Partie 3

Troisième partie du road trip de cette été (Partie 1Partie 2). Qu’est ce que je tartine…

Cody (Wyoming)

On avait fait déjà fait une courte visite dans une ville de cowboys vers le mont Rushmore, Deadwood (celle dont est inspirée la série TV de HBO), qui nous avait un peu laissé sur notre faim. Cody fait aussi partie de ces villes qui ont conservé leur ambiance far-west. Située à la porte ouest de Yellowstone, elle se prête bien au tourisme : belles baraques en bois d’époque, musée, magasins, restos. Elle est aussi célèbre car fondée par la star de l’époque, Buffalo Bill (Cody était son nom de famille).

On serait bien restés plus qu’une soirée. On a juste eu le temps de se faire un resto. Evidemment, à 21h on se prend des râteaux de partout, malgré les mines implorantes et affamées de gosses qui servent parfois à quelque chose. Un gros hôtel-resto d’époque nous a finalement acceptés, et on a compris qu’on était dans l’enseigne mythique du coin, l’Irma Hotel, fondé par Buffalo Bill et classé monument historique (enfin l’équivalent ici). Sacrée bonn surprise. Bon, on y retournera pas spécialement pour la bouffe, mais pour le décor d’époque qui offre un retour dans le temps assez magique.

Yellowstone National Park

L’inculte que je suis n’avait jamais entendu parler de Yellowstone avant que Madame ne le suggère comme destination de ce voyage. Faut dire que celui-là est à 2/3 jours de route au nord des parcs de l’Ouest les plus connus et que peu de gens visitent. Il est pourtant unique par pleins d’aspects :

  • premier parc national aux Etats-Unis et même au monde !
  • 9000 km², plus grand que la Corse
  • concentration des deux tiers des geysers au monde
  • plus grande diversité animale du pays : bisons (plus grand troupeau au monde), ours noirs, grizzlis, pumas, loups, coyotes, cerfs, élans, wapitis, mouflons, etc.
  • altitude moyenne de 2400 m (qui augmenterait de 8 cm par an)
  • plus grand lac de montagne du continent

Mais le plus incroyable est qu’il fait office de couvercle de cocotte-minute au plus gros volcan du continent ! Ça fume et ça bouille de partout, ça sent le soufre, mais ce n’est que dans les années 60 que les scientifiques s’en sont rendu compte ! Qu’ils aient pu ici inventer les règles du baseball reste décidément un mystère.

Aussi, la croûte terrestre est hyper fine, le magma est à moins de 10km de profondeur (ailleurs, la croûte terrestre fait 30km en moyenne). Et pour finir sur le côté dantesque, l’activité volcanique s’intensifie ces dernières années, certaines parties du parc sont fermées et ça risque de tout péter incessamment (incessamment à l’échelle de la Terre, mais ça pimente toujours l’expérience).

Topologie et paysages

Yellowstone, c’est 80% de forêt, essentiellement des résineux. Mais aussi un immense lac, des rivières magnifiques, des beaux plateaux, un grand canyon, des montagnes (ça monte à plus de 3000m), et surtout plein de zones zarbes qui vous font douter que vous êtes toujours sur Terre.

D’immenses incendies ont tout chamboulé en 1988, détruisant un tiers du parc et laissant encore des vues dignes de Mordor. Mais ce qui a donné lieu à un psychodrame national à l’époque est maintenant considéré comme un coup de la providence, régénérant la végétation et laissant un peu plus de place à d’autres espèces bouffées par les pins locaux. Rien n’a été replanté, tout repousse plus ou moins vite.

P1070126Yellowstone doit son nom à la couleur de la roche qui borde sa rivière. Avant, les trappeurs français appelaient le lieu “Roche Jaune” et encore avant, les indiens “Mi tse a-da-zi”. Donc y’a pas à tortiller, c’est bien jaune et, avec du soleil, la vue sur le Grand Canyon est vraiment somptueuse

 

P1070123 Le parc est accessible par une unique route qui forme une double-boucle en 8 desservant 5/6 “villages” et toutes les attractions principales. Les hébergements et les commerces sont tous regroupés dans ces villages, ce qui préserve vraiment le côté naturel du parc. On met facilement 1h – 1h30 quand on navigue entre 2 lieux, surtout quand les bisons règlent la circulation (voir plus loin), et que les appareils photos demandent à sortir. Car la route est ponctuée de coins pour s’arrêter.

La visite du parc est conseillée entre avril et octobre. En dehors de cette période, faut venir avec optimisme et chaines, car encore une fois, on est en montagne. Des routes sont fermées alors que y’en a déjà pas beaucoup, pareil pour l’hébergement.

Les animaux

Yellowstone a un côté zoo ouvert, mais où le touriste serait le captif et l’animal le visiteur curieux. Les animaux sont libres, le parc n’est pas fermé pour eux et il n’y a aucune mesure de protection mise en place sur les routes et les villages. Les plus de 300 rangers du parc sont surtout là pour s’assurer que les touristes fichent la paix à la faune. Le Routard explique qu’en 2012, un mâle wapiti en rut probablement un peu frustré à dézingué méthodiquement 78 voitures de touristes pendant 3 semaines sans que personne n’intervienne.

Les animaux se baladent tous à la cool, du coup les touristes s’approchent pour s’adonner à leur débileries de selfies et se font charger, terminant leur séjour à l’hosto ou au cimetière. Les bisons sont environ 5000 dans le parc, ils tuent plus que les ours. Des règles précises encadrent pourtant l’approche des animaux : en gros 100m pour les caïds (ours, loups) et 25m pour tous les autres gros modèles (bisons, cerfs, etc.). Le parc rassure en disant qu’ici, on meurt plus souvent sur la route, en se suicidant ou en tombant dans un bain d’acide. On se sent tout de suite mieux.

N’empêche que 3 jours avant qu’on arrive, un mec s’est fait mastiquer par une femelle grizzly, qui a voulu protéger son petit. Ils ont capturé l’ours et l’ont zigouillé au grand dam des rangers qui ont protesté que c’était une réaction naturelle. Mais la direction du parc a répondu que c’était risqué économiquement parlant vis à vis des touristes, donc couic pour la maman et zoo pour la progéniture.

Du coup on n’a pas fait les fanfarons lors des balades. La bombe anti-ours était l’accessoire à la mode. J’ai du mal à me dire que face à un monstre de muscles qui doit terroriser par air de barge, son bruit et son odeur, je sois en capacité de faire autre chose que de me pisser dessus dans une telle situation, mais contrairement aux ricains, ma maman ne m’a pas élevé en mode sauveur-du-monde. Ma stratégie moi, c’était de faire la papa protecteur qui garde ses rejetons pas trop loin et qui les jetterais dans les pattes de l’ours à son arrivée.

Donc on était à l’affut de gros poil toute la journée. Le bison, c’est dur de pas en voir. Il se prélasse en troupeau au bord de la route, et quand il veut faire marrer ses potes, il se met sur la route en mode “je suis chez moi, je fais ce que je veux et je t’emmerde”, causant des bouchons de plusieurs centaines de mètres. Tu le maudis, mais quand il passe devant ta voiture te zieutant du coin de l’oeil, tu lui fais un gentil sourire.

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Un pronghorn (antilope)
Un pronghorn (antilope)

Les biches, on pourrait être un peu blasé à Berkeley, où on les voit souvent dans la rue. Mais là y’a aussi des cerfs, des élans, des wapitis. On en a vu quelques uns de loin… et on était content de les voir de loin dans leur milieu à eux.

P1080211Evidemment, celui que toute la famille scrutait à longueur de journée, c’était l’ours, version ours noir ou grizzli. On est reparti le dernier jour la queue basse, mais sur la route du retour, on a fini par en voir un, plusieurs minutes et pas loin. Notre cote de confiance est remontée vis à vis des enfants, l’ours ayant été notre carotte pour chaque escapade. Un mois plus tard, ils nous en parlent encore comme de leur plus beau souvenir.

 

Et puis y’a les chipmunks. Une variété locale de petit écureuil mignons tout plein, qui débaroulent dans tous les sens lors des balades. Comme nos “fox squirrels” d’ici, mais encore plus mignons, le genre de petites bêtes dont ne se lasse jamais la petite famille, et qui nous fait tous prendre un air de furieux demeurés qu’à moitié assumé. Je me souviens encore avec émotion d’un beau petit spécimen en bordure de forêt avec ses yeux rieurs et pétillants, fier de montrer sa vitesse de course et sa connaissance du terrain, qui a croisé notre voiture et qui nous a laissé comme dernière image une queue frétillante sur une crêpe de sang collée au bitume. Snif, rest in peace, bro.

Les touristes

Yellowstone a ceci de particulier par rapport à d’autres parcs que toutes les attractions principales sont pratiquement accessibles en fauteuil roulant. Du coup, la population touristique est plus dense et plus variée comparées aux premiers parcs visités lors du voyage.

On se retrouve vite noyé par une vague de japonais ou de chinois versée par un car dont le chauffeur fait un tour du parking avant de récupérer sa marchandise. Les gus prennent juste le temps de taper leur selfie devant la première attraction et ta tronche qui rumine contre le coup de portable qu’elle vient de se prendre. Mais tu vas 100m plus loin et t’es tranquille. Tu trouves encore quelques indiens qui te font honte tellement ils sont eux bien sapés, des américains avec des discussions existentielles pour savoir si leurs boules de glace de 11h étaient meilleures que celles de 10h voire que celles de 9h, des canadiens dont tu comprends qu’ils parlaient français qu’une fois partis, et des allemands qui te foutent la frousse dès qu’ils te disent bonjour. Les français, tu les découvres plus loin dans les balades, repérables par la petite engueulade de famille, le père Décathlon à la calvitie et à la bedaine naissantes, et la mère en imitation Desigual bossue comme un C. Qu’est ce qu’elles doivent se marrer, les bêtes à voir défiler tout ce beau monde !

Les volcaneries

Yellowstone est donc sur un volcan, ça se voit, se sent, et s’entend. Ça fume, ça sent l’oeuf pourri et ça bouillonne. Impossible à louper en voiture, d’où on voit régulièrement des fumées sortir ici et là, mais les visites à pied des zones aménagées sont évidemment le clou du parc. Certaines offrent juste un ou deux points de vue et demandent 10 minutes. D’autres sont des immenses étendues (10km2 pour l’Upper Geyser Basin) avec des centaines d’attractions où on passe facilement la journée en arpentant des chemins en bois qui évitent de perdre un pied dans un bain d’acide.

 

Oui, car tout ça est vraiment mignon, mais sent aussi un peu l’hostilité. Les grosses bouffées de chaleur humide, les odeurs de soufre et d’acide, les sources qui bouillonnent à haute température, les bains d’acides… Ça trépasse sévère dans les environs. Y’a mêmes des bouquins spécialisés sur ceux qui ont terminé leur visite ici. Mais ça peut valoir le coup, par exemple, la Belgian Pool tire son nom de la mort d’un visiteur belge dans cette source chaude. Mais comptez-plus sur nous pour nous moquer des belges maintenant qu’on vit au milieu des américains.

Et c’est quoi concrètement ces volcaneries ?

Les Geysers

P1070282Le parc concentre les 2/3 des geysers au monde, y’en a 180 sur la seule zone de l’Upper Geyser Basin. De toutes tailles, du petit vigoureux d’1m au géant de 60m. Ceux qui font un jet tout propre tout droit, et ceux qui crachent de partout. Ceux qui jouent la durée avec plusieurs minutes d’éruption et ceux qui jaillissent par soubresauts.

Le truc important pour le visiteur, c’est la prédictibilité. Certains geysers ne se sont pas réveillés depuis plusieurs années et les spécialistes ne savent pas prévoir la prochaine éruptions. D’autres sont réglés au métronome. Par exemple le plus connu, le Old Faithful, jaillit toutes les heures. Certains, c’est toutes les 10h, mais à 2h près. Donc le facteur chance est important pour bien profiter des lieux. Mais on peut aussi planifier ses visites avec les prévisions du parc.

P1070430La chance nous faisant pas trop défaut ces derniers temps, on en a vu un paquet, dont notamment le Grand Geyser, qui s’active toutes les 7h et peut monter à 60m. Les gens peuvent attendre 2h pour celui-là (on a attendu 45 min), mais attendre avec les américains, c’est sympa et le plaisir est d’autant plus grand ensuite, ça applaudit à chaque haut jaillissement !

On avait déjà vu un geyser en Californie, ceux-là sont évidemment plus impressionnants par leur taille et leur nombre, mais c’est pas le truc qui nous a emballé le plus ici.

Les piscines

Les sources chaudes (Hot Springs) sont incroyables. Certaines sont aussi appelées piscines (pools), ce qui n’est pas très prudent quand on accueille des visiteurs belges, on l’a vu. Mais c’est vrai que la transparence et la profondeur de ces petits et grands bassins sont hypnotisantes et donnent envie de plonger. Le mélange des couleurs – jaunes, oranges, rouges, verts, bleus – est vraiment exceptionnel. Et ce sont des couleurs vivantes, elles proviennent de bactéries et évoluent donc selon le temps.

 

La fameuse Belgian Pool, dont certains mauvais esprits avancent qu'elle sentirait la frite moisie
Le fameux Belgian Pool, dont certains mauvais esprits avancent qu’il sentirait la frite moisie

Les fumeroles

Partout dans le parc on peut voir, sentir et entendre des fumées qui sortent d’on ne sait où. Elles préfigurent parfois un geyser, mais rarement. L’odeur et la chaleur sont difficilement supportables au début, mais on s’y habitue. Sauf mademoiselle qui a développé peu à peu une peur panique à la vue de la moindre fumée, et qu’on devait motiver pour un sprint à chaque fois qu’on traversait des grosses fumeroles.

Les bruits sont aussi assez incroyables, on entend Hadès nous murmurer des trucs des profondeurs qu’on n’a pas envie d’entendre. Le premier qu’on a visité s’appelle Dragon Mouth’s Spring, y’avait pas de doutes sur le nom.

Les mare de boue

P1070730Ça fait pas rêver sur le papier, mais voir des bassins de boue bouillonner reste aussi superbe. Et toujours des bruits, avec inspiration Rabbi Jacob dans ce cas.

 

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Les terrasses de travertin

Au nord du parc, à Mammoth Hot Springs, se trouve un phénomène assez unique : un ensemble de terrasses naturelles en travertin (oui, celui du carrelage italien), avec encore des couleurs encore incroyables et qui varient au jour le jour, selon le temps et l’humidité.

 

Notre séjour

On a eu la chance de dégotter une chambre au milieu du parc (Canyon Village), dans un hôtel (“Lodge”) tout juste construit. Même au centre du parc, se rendre aux différents points peut prendre 1h – 1h30, donc le lieu d’hébergement est déterminant quand on visite ce parc. Surtout que la file d’attente aux péages d’entrée ponctionne d’autant plus le temps disponible quand on loge à l’extérieur. Mais c’est pas le même budget, le premier prix en hôtel (“Cabin”) est à 200$ pour 4 sur Canyon Village.

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Y’a ensuite tellement de choses à voir à différents endroits que faut être organisés pour bien en profiter. On a passé 4 jours pleins, avec des journées 9h-18h avec enfants, ça nous a semblé parfait pour avoir un aperçu général : on a visité tous les coins les plus connus en prenant notre temps (5h pour la zone principale d’Upper Geyser Basin). Mais avec quelques jours de plus, on aurait pu faire des sentiers de randonnées et gentiment se faire bouffer par des ours ou encorner par des bisons, ce qu’on aurait bien essayé quand-même.

Question papilles on oublie, mais l’offre reste variée et accessible : supermarchés, fast-foods, cafétérias, restaurants. Comme dans tous les parcs à ours, y’a toujours une attention particulière liée à la bouffe, qui a tendance à attirer ces grosses bêtes et leur faire des choses qui dépassent la bienséance. On a toujours le droit aux photos de voitures défoncées par un ours, ou à la chambre visitée, et généralement, on suit les règles pour éviter les mêmes mésaventures.

En conclusion sur Yellowstone, on en a vues des belles choses dans notre courte vie, mais autant et aussi variées dans un même lieu, jamais.


Le voyage se termine presque, mais probablement l’attention de ceux qui sont arrivés jusque là aussi, donc la suite au prochain épisode, hein ?

Les photos (ensemble du voyage) sont toujours au même endroit (mot de passe requis), mais on a aussi rajouté des vidéos maintenant :

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Road trip 2015 – Partie 2

Deuxième partie du road trip de cet été.

Colorado – Nebraska

On quitte le Colorado National Monument pour rejoindre l’extrême est du voyage, en traversant tout le Colorado. On ignore Denver. Globalement, y’a quand-même peu de villes qui font rêver dans ce pays.

7h de route qui se termine avec une petite frayeur côté essence, où on arrive sur la réserve avec seulement 8 miles d’autonomie (13km) et quelques poils blancs en plus. Ça, ça m’arrivera plus ça. C’est sûr.

Nebraska – South Dakota

On remonte maintenant en traversant le Nebraska où on ne fera qu’une halte, dans un site perdu mais assez fascinant, Carhenge. Encore un projet dément d’un mec seul dans son coin, fait y’a presque trente ans. Lui son truc, c’est juste de planter des voitures dans la terre et faire une réplique de Stonehenge.

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Ce qui s’annonçait juste rigolo s’est avéré magnifique. L’endroit est aussi hyper calme et perdu, propice pour une pause artistique sans la foule des musées. Pas mercantile non plus, pas (encore) d’entrée payante. J’ai appris après que le site a été mis en vente 300 000$ en 2011 ! C’est descendu à 200 000$ et ils ont pas trouvé preneur. Du coup c’est le bled du coin qui s’en occupe. Tout ça me parait fou.

On repart ensuite plein nord pour le South Dakota, avec quasi personne sur la route.

Mount Rushmore

On a tous des lubies, nous on savait depuis le début qu’on voulait aller voir le mont Rushmore. Moi j’avais découvert ça gamin dans La Mort au trousses, Madame elle se souvient plus comment, mais ça nous fascinait. C’est loin de notre baie, perdu dans l’Amérique profonde, et c’est juste des têtes de présidents américains, mais c’est encore un des signes de démesure dont on n’a pas l’habitude. Et malgré un temps chafouin, on n’a pas été déçu !

Non seulement le résultat final est monumental, mais y’a de l’émotion. Par l’histoire, déjà. Un historien qui convainc un sculpteur de faire ce truc de malade pour attirer les touristes. Bon le sculpteur fait pas tout avec son burin et son marteau, il touche des fonds et fait bosser 400 mecs. Le musée montre comment c’étaient des orfèvres de la dynamite et du marteau burineur à air pneumatique (c’est fou de voir l’importance de la dynamite dans ce pays, Lucky Luke exagérait pas). Mais c’est un projet d’une vie pour le sculpteur. Et ça reste en famille, le fils reprend l’affaire quand le père meurt à quelques mois de la fin. Tout aura était fait entre 1927 et 1941.

Et ça a vraiment une dimension artistique. La disposition est vraiment chouette. C’est pas celle qu’ils avaient imaginé au début, Jefferson (le 2ème en partant de la gauche) devait être tout à gauche, mais la roche en a décidé autrement et ils ont du le refaire à côté. Aussi, de près, l’exécution est impressionnante, avec un travail fin sur les yeux ou les lunettes. Pour ceux qui viendront pas sur place, je recommande Google Street View où on peut se balader virtuellement sur les lieux.

Et le lieu vaut aussi pour l’ambiance. On n’a quasiment pas vu de touristes étrangers. Que des ricains la larme à l’oeil, le drapeau américain tatoué à l’épaule et le flingue dans la poche. Faut dire qu’on est aussi tombé à une période où se tenait un des plus gros rallyes de motos au monde (Sturgis, à quelques km). 1 million de personnes attendues, des villes fermées aux voitures. Et surtout des bikers de partout, à 95% sur des Harley-Davidson. Des bikers tout bien tatoués avec les santiags, le jean troué impec, le tee-shirt AC/DC et la veste en cuir. Mais toujours avec le drapeau américain. Tu sens que c’est pas le moment de tenter la vanne à 2 balles sur les US ; ils sont sympas, l’ambiance est bon enfant, mais y’a des sujets sacrés. La Harley, AC/DC, la bière et la patrie.

De retour à la maison, on nous a dit que les bikers craignaient sévères ici dans la baie, au coeur des traffics de drogue avec le Mexique. Bon, ben c’étaient pas les mêmes. Ou c’est la magie du mont Rushmore.

Crazy Horse

Le mont Rushmore résume bien l’Amérique. Erigé sur une montagne sacrée pour les indiens (“Native American” on dit ici), par un fervent militant du KKK. Toujours dirigé par des blancs. Puis finalement mis sous la direction d’un Native depuis 2004 comme signe d’apaisement.

Mais les indiens étaient plutôt vénères au début. Donc ils ont répliqué en lançant en 1948 un projet concurrent, le Crazy Horse Memorial, en l’honneur du chef sioux. A 25km du mont Rushmore. Et qui relègue ce dernier en monument du village. La tête des présidents fait 18m. Celle de Crazy Horse 27m. Oui mais la tête de Crazy Horse est juste une petite partie du truc. Car elle est posée sur un torse avec 2 bras dépliés chevauchant un cheval ! 172m de haut au total !

Enfin ça c’est le projet. Car à ce jour, y’a que la tête. Ça a démarré en 1948, mais ça végète. Faut dire que le sculpteur a toujours refusé les fonds publics et que ça tourne à l’aide des donations et des entrées visiteurs. Le mec a bossé 40 ans, jusqu’à sa mort en 1988 sans même avoir fini la tête (lui voulait faire celle du cheval en premier) ! C’est sa femme et ses gosses qui ont pris la relève pour finir la tête et faire venir les touristes. Mais ça avance tout doucement, les investissements ont surtout l’air de se faire côté touristique maintenant, avec un super musée sur la culture indienne. Je parierais pas que mes gosses puissent voir l’ensemble finalisé un jour.

Badlands National Park

Un peu à l’ouest du mont Rushmore et de Crazy Horse se trouve un parc national, Badlands. Très différent de ceux qu’on a vus jusqu’à maintenant. Aride, avec beaucoup de relief très peu élevé, parfois acéré parfois rebondi, toujours remarquable par ses strates colorées. Moins d'”attractions” uniques comme d’autres parcs, mais tout est superbe, on a l’impression de se balader dans des décors de films. D’ailleurs, c’est là qu’a été tourné Danse avec les loups. Faut quand-même baisser la tête par moment, car y’a des panneaux signalant des crotales de partout.

En repartant du parc, on se chope un orage sur la highway. Du costaud, on n’y voit plus rien, on doit s’arrêter sur le côté, comme tout le monde. Et ça continue à s’intensifier, avec de la grêle. On croise un regard d’inquiétude avec Madame. En France, lors d’un orage, tu risques pas grand-chose dans ta voiture. Là on n’oublie pas qu’on n’est pas en terre civilisée. Sur la côte, on se tape les tremblements de terre, par ici ils se tapent des tornades. Donc pendant 10 min, on fait pas les fiers, sachant que de toute façon on peut rien faire dans cette voiture qui a de plus en plus l’air de vouloir décoller. Et on se dit que y’a toujours pire avec tous ces bikers qu’on voyait en tee-shirt 5min plus tôt. Et puis ça s’arrête d’un coup. On reprend la route pour retrouver un ciel bleu 2km après.

Devils Tower

On repart le lendemain pour plus 7h route plein ouest pour traverser le Wyoming et rejoindre Yellowstone. Madame avait repéré Devils Tower, un National Monument à 2h du mont Rushmore. Un énorme monolithe de quasi 400m qui semble avoir poussé comme un arbre et qu’on connait tous au moins via Rencontre du troisième type.

Au musée de Crazy Horse, on avait lu une des légendes indiennes associée à cette Tour du Diable, avec un dessin qui a inquiété les enfants. L’histoire de 7 petites indiennes dont le frère se transforme soudainement en ours et qui s’apprête à les croquer. Elles montent sur un rocher et invoquent le Grand Esprit qui fait grandir le rocher jusqu’à ce qu’il les mette hors d’atteinte de l’ours. Au point de monter dans le ciel et de devenir les 7 étoiles de la Pléiade. Les traces des parois de la tour sont donc celles des griffes de l’ours, ce qui nous a semblé effectivement l’explication la plus plausible, car le salmigondis scientifique à base d’érosion et de refroidissement de la roche parait un peu tiré par les cheveux.

On a donc fait le tour de la tour avec Mamzelle zieutant son grand frère avec angoisse, lui profitant moyennement de son avantage en raison des traces d’ourse peintes tout du long du sentier et qui lui rappelaient que y’avaient probablement d’autres grands-frères dans le coin.

En tout cas, ce caillou laisse vraiment une impression incroyable, vu de loin et de près.

South Dakota – Wyoming

On repart pour la dernière grosse destination du voyage, qui fera l’objet d’un troisième billet tellement elle s’avèrera magique, Yellowstone.

Alors qu’on a fait les 2 tiers de la route du jour, on voit un panneau indiquant que y’aura pas d’essence les 65 prochains miles (~100km). Hmm, on est à moins de 2 barres sur la jauge. Certes, on est un peu juste, mais je le sens bien.

Hmm. On est un peu juste quand-même. 50 miles d’autonomie tu dis, titine ? Hmm, tu bluffes.

C’est vraiment plus fort que moi, je sais pas faire demi-tour. Petite dispute avec Madame, il en faut toujours une pendant un voyage (oui, de dispute aussi).

Hmm, on commence la réserve. Je passe en mode économie et je décélère.

Hmm, plus que 25 miles à faire, mais plus que 18 miles d’autonomie, ça s’annonce tendu.

Mais non, y’a rien les gosses !

Tain, mais qu’est ce que j’ai fait pour mériter une mère qui m’a refilé ces foutus travers. Je suis bon pour marcher 1h au bord de la highway en plain caniard et livrer la petite famille aux serial-killers du Nebraska.

Hmm, le GPS dit plus que 5 min avant la prochaine station-essence. Ah, mais la voiture dit plus du tout d’essence. Bon elle roule toujours. Programmée par des ricains cette bouse de jauge électronique.

Allez, on aperçoit la sortie, au pire j’aurais plus qu’à marcher 20 min A/R maintenant.

Allez, elle roule toujours!

Elle va le faire !

Elle l’a fait !

Tranquille.

> Troisième partie >


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Tippi Hedren

J’ai vu Tippi Hedren ! En chair et (surtout) en os !

Ce week-end était le Labor Day aux US. Ces blagueurs de ricains sont à l’initiative de la fête internationale des travailleurs du 1er mai mais sont parmi les seuls à ne pas la fêter. Trop gauchiste. Donc la fête du travail à lieu le 1er lundi de septembre.

Long week-end, donc escapade. A la découverte du nord de la côte californienne, en particulier Mendocino. Et passage par Bodega Bay.

Tout fan de Hitchcock sait que Bodega Bay est le lieu de tournage principal du film Les Oiseaux (1963), le début se passant dans San Francisco. J’avais du faire l’impasse dessus lors de mon roadtrip de y’a 15 ans (mais j’avais fait un pèlerinage Vertigo dans San Francisco), je comptais bien me rattraper dès que possible. Pas forcément ce week-end, car on y passait juste une nuit. Donc j’avais pas fait de repérage.

Et voilà que je me rends compte sur place qu’on loge juste en face du restaurant où a eu lieu une partie du tournage ! Tout a été refait, mais on devine. Par exemple la vue sur… Diantre ! Une affiche qui annonce Tippi Hedren les 3 jours pour une séance d’autographe, dès demain 11h ! Arrêt cardiaque contrôlé. Encore plus cul-bordé-de-nouillé que pour la fois de la météorite.

Evidemment, Tippi Hedren est plus connue maintenant pour sa fille (Melanie Griffith) et sa petite-fille (Dakota Johnson, actrice principale de Cinquante nuances de Grey). Mais c’était mon idole à une époque où, malgré ma mémoire de poisson rouge alzheimerien défoncé au cannabis qui n’a jamais réussi à retenir un nom propre de fiction, je connaissais littéralement par coeur toute la filmographie hitchcockienne détaillée dans la bible de ma post-adolescence, le Hitchcock/Truffaut. Mes grand-parents, s’inquiétant de l’orientation sexuelle de leur unique petit-fils, élevé en milieu féminin qui plus est, me questionnaient à chaque fin de film sur l’actrice principale : “Et celle-là, tu la trouves jolie ?”. Au début j’étais honnête, je m’en foutais de ces veillardes de trentenaires ; après, j’ai vite compris que fallait répondre positivement. Et pas à côté de la plaque. Les blondes hitchcockiennes me paraissaient une réponse indiscutable.

Mais Tippi Hedren, y’avait autre chose. Un caractère indomptable, mutin, malicieux, vif. D’ailleurs au coeur de ses 2 films avec Hitchcock. Du coup, c’était peut-être ma première réponse honnête.

Donc le lendemain, on est resté un peu plus longtemps sur Bodega Bay. Y’avait une trentaine de personnes à faire la queue. Autographe à 20$, 40$ avec la photo. J’ai hésité mais j’ai vraiment pas la mentalité fan. Mais je m’en serais voulu de pas la voir. Madame a eu la politesse de se faire attendre 5/10 minutes. Le temps que les enfants tombent sur des photos et des extraits du film un peu hards, notamment le gros plan du fermier avec les yeux bouffés (mais le principal est qu’il n’est pas de téton).

Tippi Hedren

Je m’attendais à voir un échalas de plastique recollé, recousu, botoxé de tous les côtés, mais on a vu un petit bout de femme mignon tout plein. A virer leur cuti et rendre gérontophiles tous les curés du monde. On a longtemps débattu dans la voiture après, je maintiens que tout n’est pas naturel (plus de débat avec les photos en gros plan), mais c’est bien fait. Le plus chouette est qu’elle a toujours cette malice et cette vivacité de caractère du bas de ses 85 ans. Et qu’elle n’a pas fait sa diva blasée, mais montrait toujours une bonne dose d’empathie avec des gens qui lui posent toujours les mêmes questions (“Alors, vous avez peur des oiseaux ?”, “Hitchcock, il était comment ?”, etc.), répondant des tirades qu’on aurait pu croires sorties pour la première fois.

Longtemps je me suis demandé ce qui avait cloché dans mon parcours pour passer des grandes blondes hitchcockiennes classes à ma p’tite brune franco-râleuse affublée de sa soeur pétomane. Et ben j’ai toujours pas la réponse.

Road trip 2015 – Partie 1

[Une fois n’est pas coutume, sous la menace de mes proches, je dois accorder le morceau musical au contenu du billet, avec les titres les plus écoutés dans les radios locales lors du périple].

Notre premier road trip en famille est terminé. 18 jours. 7 états. 4357 miles (7011 km). 4026 photos (après tri). 112 pauses restrooms pour les filles. 112 Not again des garçons.

La préparation

Comme Madame connait déjà les parcs de l’Ouest du côté de Las Vegas, on est parti sur un itinéraire moins classique. Le but premier était d’aller à Yellowstone, un peu isolé à déjà 3 jours de route au nord-est. Et le Mont Rushmore nous titillait bien (les têtes de présidents sculptées dans la montagne), mais c’est encore plus perdu au milieu du pays. Mais c’était le moment ou jamais. Quelques soirées de planification plus tard, on avait notre itinéraire de 18 jours.

Roadtrip map

 

C’est la première fois qu’on prépare vraiment un voyage. Généralement, on se limite à acheter 2 guides (si possible le Routard pour la bouffe et le culturel, et le Lonely Planet pour le pratique), on voit grosso-modo où on veut aller et on avise ensuite au jour le jour. Là c’était pas vraiment possible. Les parcs américains ont beau être nombreux et souvent immenses, il faut parfois s’y prendre une année à l’avance pour des offres d’hébergement parfois minimalistes et gérées par une seule société qui s’est vue accorder le monopole pour un parc. Et les hôtels se remplissaient aussi à une vitesse folle dans des coins touristiques comme le Mont Rushmore.

Du coup, on a planifié au jour le jour la totalité du voyage, 4 mois à l’avance, en réservant tous les hôtels. Ce qui m’a donné un coup de vieux. Ma p’tite mère m’a montré gamin combien un voyage s’appréciait par la spontanéité et l’improvisation au jour le jour. Là j’avais un peu l’impression de partir en voyage organisé. Et y’a pas le droit à l’erreur. Mais au final, c’était juste parfait !

Le parcours

Berkeley -> Utah

On commence par 2 étapes de transition et 13 h de route au total pour quitter la Californie et ses routes bouchonnées et rejoindre les premier parcs de l’Utah, au nord-est de Las Vegas.

On craignait un peu la traversée du Nevada, expérience qui s’annonçait traumatisante par son néant. La route 50 qu’on a empruntée est d’ailleurs nommée “The Loneliest Road in America”. Ben finalement on s’est régalé. Des paysages de steppes à perte de vue qui alternent avec des petites montages colorées, rondes ou escarpées. Des patelins perdus qui ressemblent pas du tout à ce qu’on a ici.

On s’est aussi de suite rassurés sur le temps passé en voiture, qui s’apparentera plus à du plaisir touristique ou du repos qu’à du transport. Souvent seuls sur la route, en pilotage automatique sur des routes rectilignes, y’a moyen de faire sa sieste au volant tranquille.

Capitol Reef National Park (Utah)

C’est pas le plus connu des grand parcs, mais il nous a mis dans l’ambiance du Grand Ouest. Pleins de formations rocheuses atypiques qu’on retrouvera aussi plus tard, avec partout des strates colorées rouges / roses / vertes / grises , des canyons, des rochers à l’équilibre précaire ou aux formes délirantes, des oasis de verdure au milieu de zone désertiques, des arches naturelles en pierre.

Pour en savoir plus :

Goblin Valley State Park (Utah)

Celui-là est petit mais original et vaut vraiment le détour. Il doit son nom à ses formations rocheuses au profil de Goblins. Mouais, Mushroom Valley aurait été plus honnête, mais peu importe la ressemblance, le paysage est incroyable.

“Ta mère à poil dans un champ de bites, elle sait pas où s’asseoir”, chantaient les poètes dans mes années de post-adolescence. Certes. Nous aussi on savait pas où donner de la tête, surtout les enfants qu’il fallait rattraper grimpant sur ces rochers de 3, 4 mètres. Ils s’éclatent, mais on voit poindre un orage qui s’apprête à faire pareil et on organise un rapatriement d’urgence sous des cieux magnifiques. On pique-niquera dans la voiture pour assister au spectacle.

Dans le même parc se trouve un superbe “slot” canyon, i.e. un canyon si étroit qu’inempruntable par un américain moyen. Les rangers nous ont déconseillé d’essayer, pas en raison de notre ligne, mais du temps : en cas de forte pluie, ça se remplit vite et forme de beaux torrents. On fait nos français-qu’en-font-qu’à-leur-tête, et on fait bien. On aura toujours la tête en direction du ciel pour anticiper, mais le temps se découvre et le canyon est magnifique par ses formes et couleurs. Les enfants font leurs Olmèques à courir et sauter sur les parois pentues du canyon, faut insister pour terminer la balade, le comble.

Pour en savoir plus :

Arches National Park (Utah)

Un parc unique par ses formations rocheuses en forme d’arches. Plus de 2000 qu’ils disent. De toutes les tailles. La parc se visite via une route transverse de 35km qui permet de s’arrêter à différents endroits et partir pour des balades plus ou moins longues.

On est arrivés vers 9h, on en repartira vers 19h, avec environ 6h de marche. Inutile de dire que les enfants se sont écroulés à peine montés dans la voiture au retour. Donc on voit des arches naturelles, souvent magnifiques et dont on comprend qu’elles évoluent dans le temps : certaines s’affinent car des rochers tombent, d’autres s’agrandissent, se forment, disparaissent. On voit aussi plein d’autres formations rocheuses superbes et des paysages fascinants à perte de vue. Certaines balades sont vertigineuses, on tient la main des gamins pour être sûrs de bien tomber avec eux (ou alors pour qu’ils nous rassurent par leur insouciance). Eprouvantes aussi car dénuées de toute ombre. Et faut bien trimballer des litres d’eau, ce sera de toute façon le cas dans tous les parcs.

Côté population, on a l’impression d’être en France. Cette région de Moab, a un coté routard, elle se mérite via des efforts de marche. On ne verra pas de déferlements de touristes asiatiques comme plus tard dans des coins plus accessibles. Et pas beaucoup d’américains non plus.

Pour en savoir plus :

Canyonlands National Park (Utah)

Canyonlands est à 1h de Arche. Mais vous avez compris qu’il s’agit là de canyons et pas d’arches hein ? Encore une fois, les paysages sont immenses et fascinants. En une journée, on ne fera que la partie la plus accessible, “Island in the Sky”. Comme dans pleins d’endroits, faut d’ailleurs avoir un 4×4 pour aller dans des coins plus reculés. Pleins de courtes (30min – 1h) balades magnifiques, surplombant des canyons et immenses cratères.

C’est pour nous assez stupéfiant et vraiment agréable de voir des lieux touristiques aussi peu sécurisés et peu marqués par l’exploitation humaine. On y reviendra dans nos conclusions finales.

Pour en savoir plus :

Colorado National Monument (Colorado)

Le lendemain, on arrive au Colorado, où on ne fera qu’une étape pour un parc dans la même lignée que Canyonlands, mais plus petit et plus concentré en points d’intérêts. Parc très peu touristique, avec beaucoup de locaux pour une fois, mais vraiment magnifique.

L’histoire de la création des parc est aussi souvent super intéressante, souvent fruit d’une aventure personnelle d’un illuminé qui va s’arracher pour mettre en valeur un terrain magnifique mais hostile. Pour ce parc, le mec en question a fait son mariage en mode rustique en plein milieu du parc, au pied de l’Independence Monument, et sa femme n’a tenu que quelques semaines dans ce mode de vie.

Toujours le même topo avec une route unique qui traverse le parc et offres des superbes points de vue et différentes balades. On finira encore la journée yeux et jambes rassasiés. Les ventres seront récompensés le soir dans un resto Japonais tape-à-l’oeil d’un coin paumé dans lequel on ira à reculons mais qui s’avèrera probablement l’un des meilleurs qu’on n’ait jamais fait. On a finalement plus mangé asiatique qu’américain durant ce road trip. Sortis de la Californie, c’est pas évident de trouver autre chose que du fast-food après 21h.

Pour en savoir plus :

A ce moment, on n’a fait qu’une semaine de voyage. Et on a commencé par les apéritifs !

> Deuxième partie >


 

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