Charlie

La pétarade à Charlie fait aussi les gros titres ici. Faut dire que le côté coup-de-feu+terroriste+islamiste+chasse-a-l’homme, c’est de l’or en barre ici.

Je peux pas m’empêcher de penser combien ça les aurait fait gerber, nos disparus, tout ce salmigondis national et unanime de pathos et de bons sentiments.

Les gens qui disent manifester pour la liberté de la presse… Quelle connerie. Combien sortiraient si l’attaque avait ciblé un Minute ou un Rivarol ? Non, les gens sortent principalement pour l’émotion et affronter la peur en groupe. C’est pas reprochable, bien au contraire, mais qu’on arrête cet alibi grotesque de la liberté de la presse.

Achevés dans leur mort par ces hommages suintant la bien-pensance qu’ils dénonçaient, les pauvres. Heureusement que y’a quelques dessins cyniques qui sortent pour rendre hommage dans l’esprit de Charlie, sinon ça serait un vrai désastre.

Mais mon positivisme américain me fait voir le bon coté des choses.

Débarrassé de la planche hebdomadaire du “Beauf” de Cabu qui squattait le bas de la page 7 de mon Canard Enchainé et qui pouvait ne faire sourire que les natifs du début de ce siècle et du précédent (même si Cabu faisait toujours de chouettes dessins politiques dans les autres pages).

Soulagé de toutes les paires de fesses et de nibards crachées à la chaine par papy Wolinsky.

Heureux de voir Patrick Pelloux echapper au drame. Si le bonhomme est une bête médiatique avec tous les travers que ça comporte, ce mec a un taux d’humanité à la ligne qui me tort les boyaux à chaque fois que je lis une de ses chroniques. Encore plus que feu Cavanna.

Espoir (très limité) de voir un Charlie revigoré avec une équipe qui pourrait rajeunir l’esprit et lui donner un peu plus d’ouverture.

Content pour tous ceux qui vont bénéficier de l’événement : médias (les tonnes de coke qui doivent circuler ces jours chez i>Télé et BFMTV…), partis et mouvements extrémistes (Marine pleure sûrement, mais de joie), polémistes (Zemmour, change ton slibard), éditeurs et biographes (combien de chèques d’avance déjà signés ?), …

Et heureux d’apprendre que finalement Charlie faisait se bidonner plusieurs millions de lecteurs, j’en étais bêtement resté à quelques dizaines de milliers.

Bon, pour Charb, Tignous et Maris, j’ai du mal à trouver des bon côtés, car il vont sérieusement me manquer ces trois-là ; je dois encore travailler mon moi américain. Quant aux autres, Honoré, flics, agent d’entretien, autres chroniqueurs/correcteurs, si j’ai bien compris, c’est pas la peine d’en parler.

J’ai dû lire Charlie pendant 6 mois après son redémarrage avant d’être fatigué par son systématisme dans l’approche politique et le trop plein d’humour bas du ventre. Mais lors de notre séjour en France ce Noël, je suis retombé sur un Charlie, que j’ai lu avec plaisir, et sur le livre regroupant toutes leurs couvertures depuis la sortie. J’étais re-rentré dans leur intimité quand ils racontent comment ils se retrouvent après la Grosse Bertha pour fonder le journal. Au retour aux US, j’hésitais même à me réabonner, du coup ça m’a un peu plus sonné que ça aurait dû.

J’ai aussi appris lors du même séjour le cancer d’un cousin éloigné mais apprécié. Trentenaire, le petit dernier de la génération, le genre de mecs que tout le monde aime. J’ai toujours été amusé par son prénom. Moins maintenant. Il s’appelle “Charlie”.

 

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