Moral d’expat

On a beau ne pas supporter toute tendance clanique ou communautaire, quand on s’expatrie, y’a rien à faire on est un expat’. Et on a beau se dire au départ qu’on ne fraiera qu’avec les indigènes, à la fin on se retrouve essentiellement avec des compatriotes. Même quand ils exhalent fromage et pinard, qu’ils sont crades et qu’ils font que râler. C’est ça les Frenchies de la Baie (pour les ricains).

C’est limite incontournable de partager des expériences qui sont forcément fortes les premiers temps, et d’essayer de comprendre comment ça fonctionne. Comme après des séances de plongée en pleine mer où t’en prends plein les mirettes, mais où tes échanges avec la population locale des mérous et crustacés manquent d’une certaine profondeur pour t’apporter une compréhension exhaustive du milieu. Tu remontes à la surface, tu reprends ton souffle, t’échanges avec tes potes pour mieux comprendre ou chercher de nouveaux bons plans, et tu replonges. Tu acquiers plus de souffle à chaque plongée pour probablement te retrouver avec une belle paire de branchies quand tu n’y fais plus gaffe.

Un truc intéressant qui circule entre expats (en plus du pinard, du fromage, de la crasse et des complaintes), c’est la courbe de Mc Cormick et Chapman (celle-là est une adaptation approximative, mais en français, qu’on trouve à droite à gauche) :

Courbe Mc Cormick / Chapman

Intuitivement, avant-même que le processus de relocation ne s’enclenche vraiment, je me faisais une idée proche de cette progression. Et sur place, je compte pas les expats qui m’ont dit que c’était bien ça. Résultat : que nenni.

Ma courbe personnelle est plutôt constante :

Courbe de moral du barbu

Je suis pas parti de bien haut contrairement à d’autres pour qui l’expatriation était une démarche volontaire voire un aboutissement, mais je pense pas avoir eu le moindre petit coup de blues depuis le début. Y’a tellement de bonnes choses attendues et surtout inattendues que le reste se fait vite oublier. Et 7 mois après, j’ai toujours l’impression d’être arrivé la veille et de tout avoir à découvrir. Chaque week-end se transforme en excursion à l’étranger. L’explication est peut-être liée à une digestion du nouveau rendue plus laborieuse par ma quarantaine narguante. Ou c’est syndrome du poisson rouge. Ou la félicité du simplet. Pas grave, je prends.

Pour ma madame qui a dû passer de Working Girl à Desperate Housewife dans un pays qui la faisait pas trop rêver, ça a été plus difficile:

Courbe de madame

Son road-trip d’ado dans le Texas et l’Arizona l’avait laissée perplexe sur le mode de vie des ricains. Mais elle a découvert que la Baie, c’était autre chose. Et a décrété la première que le point de mire de 2 ans qu’on s’était fixé devenait caduque. Bon, apparemment, sont pas très chics au niveau fringues et bijoux, d’accord (moi je vois pas le problème, ils ont un haut et un bas, enfin sauf dans certains quartiers de SF). Les relations avec les familles américaines toujours compliquées à appréhender, d’accord. L’éducation des enfants rois assez discutable, d’accord. Mais madame peut enfin reparler son anglais préféré (avec son accent British), ou son français enjolivé avec ses nouvelles copines, profiter du ciel bleu quasi continu, consacrer plus de temps pour ses affreux et pour elle, voyager, et même avoir des projets de reconversion professionnelle. Elle râle toujours, ce qui est bon signe, mais on sent que c’est plus pour garder le rythme et se préparer au retour en France.

Les modèles réduits sont pas nature pas très constants dans leur perception de la situation :

Courbe des affreux

Ils n’ont finalement pas vraiment réalisé ce qui se passait avant le départ. Ils comprenaient qu’ils ne reviendraient pas à l’école l’année prochaine, qu’ils ne reverraient plus leurs potos, mais la notion de durée restait floue. Un peu moins pour le fiston, mais l’argument d’aller habiter dans la patrie des Super-Héros fut imparable. On s’est de toute façon toujours dit qu’ils seraient les plus durs à faire retourner en France, on se prépare à devoir maintenir le contact avec leur pays d’origine. Ma fille m’appelle naturellement Daddy depuis plusieurs semaines (suite à une période de transition douloureuse pendant laquelle je devais répondre à Papy). Mon fils veut plus souvent jouer au foot américain ou au baseball qu’au vrai foot. Mais ils ont souvent eu des coups des blues au sujet de leur maison, des chats, des potes, de la famille. Il semble qu’on entame maintenant une nouvelle période d’enracinement.

Bon, Mc Cormick et son pote me pardonneront de pas avoir été plus loin que leur courbe, leur travail est surement plus intéressant que ça. Mais quand le message est délivré comme la parole sacrée comme je l’ai constaté plusieurs fois, c’est hérisse-poilant. Du même acabit qu’un horoscope : ça ratisse tellement large que chacun peut s’y retrouver.

Après, c’est comme une courbe de taux monétaire, le facteur zoom / bornes temporelles est déterminant. Dans 2 ans, peut-être que chacune de nos courbes actuelle s’appliquera à un petit bout de la courbe théorique. Mouais.

Une réponse à “Moral d’expat

  1. Comme diraient les américains : “Good for you !!!”.
    C’est pas plus mal si vous ne tombez pas dans la phase de mal être de la première courbe que tu montres ! Chacun vit son expatriation différemment et vous avez l’air de bien vous adapter à votre nouvelle vie. Bravo !

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