Les cacahuètes du maire

Je rentre à la maison, pleins de petits coeurs sur la table que je remarque même pas. Bon, y’a un truc spécial apparemment. Bah, y’a un an, c’est le projet d’expatriation qui se décidait. Ah, la vente de ma boite ? Heu, je l’ai bien en tête, mais c’était le 15 mai ma p’tite scattered-woman !

Merde, c’est autre chose, j’ai grillé une cartouche. J’ai maintenant la pression au milieu des 3 qui se moquent de moi. Je cherche… De dieu, le 11, non le 12 mai 2014, qu’est-ce qui a bien pu se passer ?

Bon, ils ont pas l’air sérieux, ça a pas l’air critique, pas de panique. Encore une blague à la con, je peux pas leur en vouloir. Allez, je rends les armes.

“Notre mariage !”

Oh putain ! Notre premier anniversaire de mariage !

Là, le lecteur qui me connait pas de près doit se dire qu’il a trouvé le pire goujat au monde. Y’a sûrement un peu de vrai, mais j’ai quelques excuses. Même si ça m’empêche pas d’avoir un peu honte.

Dites-le pas trop fort à nos hôtes, mais on s’est un peu mariés parce que les lois ricaines conçoivent pas grand chose d’autre pour un couple immigré. Mais avant, on s’engueulait très bien sans ce bout de papier, et on imaginait bien continuer sans.

Ca reste pourtant un mariage épique.

Décidé en avril, planifié pour mi-mai histoire de choper le visa pour août. 2 jours après notre retour d’un voyage au Sénégal et la veille d’un séjour professionnel en Californie (finalement annulé in extremis).

Un lundi soir après le boulot. Un 12 mai donc.

En comité restreint, seuls les témoins étaient prévus au départ. Mêmes pas les parents. Y’aura finalement un peu plus de monde, mais pas de quoi remplir la salle de mairie de notre petit village.

La mariée en boubou bleu et rose. Fait sur mesure par un tailleur dakarois. Le marié en chemise froissée. Faite sur mesure, ou presque, par un tailleur chinois de chez Jules voire Celio. La fille en déguisement de robe de princesse look Tati. Le fils a peu près présentable dans les 5 minutes après l’habillement et avant les délires avec les cousins.

Pas de bague évidemment. Même pas de bisous ; parait même que j’aurais mis un vent à ma dulcinée, mais ma mauvaise foi est assez forte pour refuter cette idée.

Le maire de notre village avait eu l’air quelque peu surpris quand on avait commencé à parler organisation. Il nous aurait probablement dénoncés s’il nous connaissait pas un peu et s’il avait pas encore un maigre espoir de conserver 2 petits clients de plus dans l’école du village. Mais quand il a vu comment on fêtait ça ensuite à la maison, là on l’a perdu. Ils nous a vu sortir péniblement un bol de cacahuètes pour une quinzaine de personnes, accompagnées d’une goutte de champagne sorti d’on ne sait où. Et puis il a senti qu’il fallait qu’il rentre chez lui pour pas perdre sa foi républicaine.

En l’espace de quelques semaines, on m’a brutalement rappelé que je devais fêter un mariage et une 4ème décade. Si on m’avait dit ça y’a 20 ans, j’aurais bien ricané, tiens. Manque plus qu’on me dise que j’ai des gosses.

PS : On n’a pas assez insisté qu’elles avaient été ramenées fraîchement du Sénégal et grillées dans le sable, ces cacahuètes ! Et je soutiens que y’en avait au moins 3, voire 4, par personne !

Une réponse à “Les cacahuètes du maire

  1. Et oui ! Meme nous on le savait ! J’ai failli t’appeller pour te prevenir, et puis non, je t’ai laissé la surprise…

    Et puis on voulais savoir si tu t’en souvenais…

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