Road trip 2015 – Partie 2

Deuxième partie du road trip de cet été.

Colorado – Nebraska

On quitte le Colorado National Monument pour rejoindre l’extrême est du voyage, en traversant tout le Colorado. On ignore Denver. Globalement, y’a quand-même peu de villes qui font rêver dans ce pays.

7h de route qui se termine avec une petite frayeur côté essence, où on arrive sur la réserve avec seulement 8 miles d’autonomie (13km) et quelques poils blancs en plus. Ça, ça m’arrivera plus ça. C’est sûr.

Nebraska – South Dakota

On remonte maintenant en traversant le Nebraska où on ne fera qu’une halte, dans un site perdu mais assez fascinant, Carhenge. Encore un projet dément d’un mec seul dans son coin, fait y’a presque trente ans. Lui son truc, c’est juste de planter des voitures dans la terre et faire une réplique de Stonehenge.

P1060659

 

Ce qui s’annonçait juste rigolo s’est avéré magnifique. L’endroit est aussi hyper calme et perdu, propice pour une pause artistique sans la foule des musées. Pas mercantile non plus, pas (encore) d’entrée payante. J’ai appris après que le site a été mis en vente 300 000$ en 2011 ! C’est descendu à 200 000$ et ils ont pas trouvé preneur. Du coup c’est le bled du coin qui s’en occupe. Tout ça me parait fou.

On repart ensuite plein nord pour le South Dakota, avec quasi personne sur la route.

Mount Rushmore

On a tous des lubies, nous on savait depuis le début qu’on voulait aller voir le mont Rushmore. Moi j’avais découvert ça gamin dans La Mort au trousses, Madame elle se souvient plus comment, mais ça nous fascinait. C’est loin de notre baie, perdu dans l’Amérique profonde, et c’est juste des têtes de présidents américains, mais c’est encore un des signes de démesure dont on n’a pas l’habitude. Et malgré un temps chafouin, on n’a pas été déçu !

Non seulement le résultat final est monumental, mais y’a de l’émotion. Par l’histoire, déjà. Un historien qui convainc un sculpteur de faire ce truc de malade pour attirer les touristes. Bon le sculpteur fait pas tout avec son burin et son marteau, il touche des fonds et fait bosser 400 mecs. Le musée montre comment c’étaient des orfèvres de la dynamite et du marteau burineur à air pneumatique (c’est fou de voir l’importance de la dynamite dans ce pays, Lucky Luke exagérait pas). Mais c’est un projet d’une vie pour le sculpteur. Et ça reste en famille, le fils reprend l’affaire quand le père meurt à quelques mois de la fin. Tout aura était fait entre 1927 et 1941.

Et ça a vraiment une dimension artistique. La disposition est vraiment chouette. C’est pas celle qu’ils avaient imaginé au début, Jefferson (le 2ème en partant de la gauche) devait être tout à gauche, mais la roche en a décidé autrement et ils ont du le refaire à côté. Aussi, de près, l’exécution est impressionnante, avec un travail fin sur les yeux ou les lunettes. Pour ceux qui viendront pas sur place, je recommande Google Street View où on peut se balader virtuellement sur les lieux.

Et le lieu vaut aussi pour l’ambiance. On n’a quasiment pas vu de touristes étrangers. Que des ricains la larme à l’oeil, le drapeau américain tatoué à l’épaule et le flingue dans la poche. Faut dire qu’on est aussi tombé à une période où se tenait un des plus gros rallyes de motos au monde (Sturgis, à quelques km). 1 million de personnes attendues, des villes fermées aux voitures. Et surtout des bikers de partout, à 95% sur des Harley-Davidson. Des bikers tout bien tatoués avec les santiags, le jean troué impec, le tee-shirt AC/DC et la veste en cuir. Mais toujours avec le drapeau américain. Tu sens que c’est pas le moment de tenter la vanne à 2 balles sur les US ; ils sont sympas, l’ambiance est bon enfant, mais y’a des sujets sacrés. La Harley, AC/DC, la bière et la patrie.

De retour à la maison, on nous a dit que les bikers craignaient sévères ici dans la baie, au coeur des traffics de drogue avec le Mexique. Bon, ben c’étaient pas les mêmes. Ou c’est la magie du mont Rushmore.

Crazy Horse

Le mont Rushmore résume bien l’Amérique. Erigé sur une montagne sacrée pour les indiens (“Native American” on dit ici), par un fervent militant du KKK. Toujours dirigé par des blancs. Puis finalement mis sous la direction d’un Native depuis 2004 comme signe d’apaisement.

Mais les indiens étaient plutôt vénères au début. Donc ils ont répliqué en lançant en 1948 un projet concurrent, le Crazy Horse Memorial, en l’honneur du chef sioux. A 25km du mont Rushmore. Et qui relègue ce dernier en monument du village. La tête des présidents fait 18m. Celle de Crazy Horse 27m. Oui mais la tête de Crazy Horse est juste une petite partie du truc. Car elle est posée sur un torse avec 2 bras dépliés chevauchant un cheval ! 172m de haut au total !

Enfin ça c’est le projet. Car à ce jour, y’a que la tête. Ça a démarré en 1948, mais ça végète. Faut dire que le sculpteur a toujours refusé les fonds publics et que ça tourne à l’aide des donations et des entrées visiteurs. Le mec a bossé 40 ans, jusqu’à sa mort en 1988 sans même avoir fini la tête (lui voulait faire celle du cheval en premier) ! C’est sa femme et ses gosses qui ont pris la relève pour finir la tête et faire venir les touristes. Mais ça avance tout doucement, les investissements ont surtout l’air de se faire côté touristique maintenant, avec un super musée sur la culture indienne. Je parierais pas que mes gosses puissent voir l’ensemble finalisé un jour.

Badlands National Park

Un peu à l’ouest du mont Rushmore et de Crazy Horse se trouve un parc national, Badlands. Très différent de ceux qu’on a vus jusqu’à maintenant. Aride, avec beaucoup de relief très peu élevé, parfois acéré parfois rebondi, toujours remarquable par ses strates colorées. Moins d'”attractions” uniques comme d’autres parcs, mais tout est superbe, on a l’impression de se balader dans des décors de films. D’ailleurs, c’est là qu’a été tourné Danse avec les loups. Faut quand-même baisser la tête par moment, car y’a des panneaux signalant des crotales de partout.

En repartant du parc, on se chope un orage sur la highway. Du costaud, on n’y voit plus rien, on doit s’arrêter sur le côté, comme tout le monde. Et ça continue à s’intensifier, avec de la grêle. On croise un regard d’inquiétude avec Madame. En France, lors d’un orage, tu risques pas grand-chose dans ta voiture. Là on n’oublie pas qu’on n’est pas en terre civilisée. Sur la côte, on se tape les tremblements de terre, par ici ils se tapent des tornades. Donc pendant 10 min, on fait pas les fiers, sachant que de toute façon on peut rien faire dans cette voiture qui a de plus en plus l’air de vouloir décoller. Et on se dit que y’a toujours pire avec tous ces bikers qu’on voyait en tee-shirt 5min plus tôt. Et puis ça s’arrête d’un coup. On reprend la route pour retrouver un ciel bleu 2km après.

Devils Tower

On repart le lendemain pour plus 7h route plein ouest pour traverser le Wyoming et rejoindre Yellowstone. Madame avait repéré Devils Tower, un National Monument à 2h du mont Rushmore. Un énorme monolithe de quasi 400m qui semble avoir poussé comme un arbre et qu’on connait tous au moins via Rencontre du troisième type.

Au musée de Crazy Horse, on avait lu une des légendes indiennes associée à cette Tour du Diable, avec un dessin qui a inquiété les enfants. L’histoire de 7 petites indiennes dont le frère se transforme soudainement en ours et qui s’apprête à les croquer. Elles montent sur un rocher et invoquent le Grand Esprit qui fait grandir le rocher jusqu’à ce qu’il les mette hors d’atteinte de l’ours. Au point de monter dans le ciel et de devenir les 7 étoiles de la Pléiade. Les traces des parois de la tour sont donc celles des griffes de l’ours, ce qui nous a semblé effectivement l’explication la plus plausible, car le salmigondis scientifique à base d’érosion et de refroidissement de la roche parait un peu tiré par les cheveux.

On a donc fait le tour de la tour avec Mamzelle zieutant son grand frère avec angoisse, lui profitant moyennement de son avantage en raison des traces d’ourse peintes tout du long du sentier et qui lui rappelaient que y’avaient probablement d’autres grands-frères dans le coin.

En tout cas, ce caillou laisse vraiment une impression incroyable, vu de loin et de près.

South Dakota – Wyoming

On repart pour la dernière grosse destination du voyage, qui fera l’objet d’un troisième billet tellement elle s’avèrera magique, Yellowstone.

Alors qu’on a fait les 2 tiers de la route du jour, on voit un panneau indiquant que y’aura pas d’essence les 65 prochains miles (~100km). Hmm, on est à moins de 2 barres sur la jauge. Certes, on est un peu juste, mais je le sens bien.

Hmm. On est un peu juste quand-même. 50 miles d’autonomie tu dis, titine ? Hmm, tu bluffes.

C’est vraiment plus fort que moi, je sais pas faire demi-tour. Petite dispute avec Madame, il en faut toujours une pendant un voyage (oui, de dispute aussi).

Hmm, on commence la réserve. Je passe en mode économie et je décélère.

Hmm, plus que 25 miles à faire, mais plus que 18 miles d’autonomie, ça s’annonce tendu.

Mais non, y’a rien les gosses !

Tain, mais qu’est ce que j’ai fait pour mériter une mère qui m’a refilé ces foutus travers. Je suis bon pour marcher 1h au bord de la highway en plain caniard et livrer la petite famille aux serial-killers du Nebraska.

Hmm, le GPS dit plus que 5 min avant la prochaine station-essence. Ah, mais la voiture dit plus du tout d’essence. Bon elle roule toujours. Programmée par des ricains cette bouse de jauge électronique.

Allez, on aperçoit la sortie, au pire j’aurais plus qu’à marcher 20 min A/R maintenant.

Allez, elle roule toujours!

Elle va le faire !

Elle l’a fait !

Tranquille.

> Troisième partie >


Les photos (ensemble du voyage) sont toujours au même endroit (mot de passe requis) :

[Contenu privé, veuillez saisir le mot de passe (ou demandez-le à contact@ricanologie.com)]

2 réponses à “Road trip 2015 – Partie 2

  1. Tu es trop fort pour te faire des aventures la ou il y en a pas ! Avec l’essence, c’est trop cool ! Il faudra que j’essaye.
    Moi, mon cousin américain m’avait pris au début de notre voyage d’un air grave de celui qui va te dire un secret partagé par la famille depuis trop longtemps, et qu’il va te dire. Et tu sens que tu devra à ton tour le dire à tes enfants.
    “Tu va aller dans l’ouest” m’a t-il dit.
    Bon, rien de devin la dedans, j’étais chez lui en effet, a Washington DC, pour partir vers la Californie en voiture.
    “Ouaip” Ais je dit, en prenant un air de Lucky Luke (mais lui ne connait pas la référence).
    “Bon, il faut que je te dise”.
    La, j’ai senti le truc sur les indiens. (tu note que je brode un peu car j’ai mis ta musique et ca me donne envie de broder).
    “Bon, le truc, c’est que quand tu atteints la moitie de ton essence dans l’ouest”.
    “Ouaip ?”
    ” Et bien, tu fais le plein de suite.”

    Du coup, j’ai jamais eu d’aventure comme toi.

    Mais bon, toi tu n’a pas de cousin américain.

  2. J’ai même pas de cousin français, pour te situer la loose.

    Après, ce que j’ai pas dit, c’est que chaque arrêt à une station essence donnait lieu à une attaque de la voiture par mes 2 marmots s’armant de balais de nettoyage pour sauvager toutes les vitres. Donc je minimisais les arrêts. Faudra voir si ton cousin a pas un conseil pour ça, remarque.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *