Road trip 2015 – Partie 3

Troisième partie du road trip de cette été (Partie 1Partie 2). Qu’est ce que je tartine…

Cody (Wyoming)

On avait fait déjà fait une courte visite dans une ville de cowboys vers le mont Rushmore, Deadwood (celle dont est inspirée la série TV de HBO), qui nous avait un peu laissé sur notre faim. Cody fait aussi partie de ces villes qui ont conservé leur ambiance far-west. Située à la porte ouest de Yellowstone, elle se prête bien au tourisme : belles baraques en bois d’époque, musée, magasins, restos. Elle est aussi célèbre car fondée par la star de l’époque, Buffalo Bill (Cody était son nom de famille).

On serait bien restés plus qu’une soirée. On a juste eu le temps de se faire un resto. Evidemment, à 21h on se prend des râteaux de partout, malgré les mines implorantes et affamées de gosses qui servent parfois à quelque chose. Un gros hôtel-resto d’époque nous a finalement acceptés, et on a compris qu’on était dans l’enseigne mythique du coin, l’Irma Hotel, fondé par Buffalo Bill et classé monument historique (enfin l’équivalent ici). Sacrée bonn surprise. Bon, on y retournera pas spécialement pour la bouffe, mais pour le décor d’époque qui offre un retour dans le temps assez magique.

Yellowstone National Park

L’inculte que je suis n’avait jamais entendu parler de Yellowstone avant que Madame ne le suggère comme destination de ce voyage. Faut dire que celui-là est à 2/3 jours de route au nord des parcs de l’Ouest les plus connus et que peu de gens visitent. Il est pourtant unique par pleins d’aspects :

  • premier parc national aux Etats-Unis et même au monde !
  • 9000 km², plus grand que la Corse
  • concentration des deux tiers des geysers au monde
  • plus grande diversité animale du pays : bisons (plus grand troupeau au monde), ours noirs, grizzlis, pumas, loups, coyotes, cerfs, élans, wapitis, mouflons, etc.
  • altitude moyenne de 2400 m (qui augmenterait de 8 cm par an)
  • plus grand lac de montagne du continent

Mais le plus incroyable est qu’il fait office de couvercle de cocotte-minute au plus gros volcan du continent ! Ça fume et ça bouille de partout, ça sent le soufre, mais ce n’est que dans les années 60 que les scientifiques s’en sont rendu compte ! Qu’ils aient pu ici inventer les règles du baseball reste décidément un mystère.

Aussi, la croûte terrestre est hyper fine, le magma est à moins de 10km de profondeur (ailleurs, la croûte terrestre fait 30km en moyenne). Et pour finir sur le côté dantesque, l’activité volcanique s’intensifie ces dernières années, certaines parties du parc sont fermées et ça risque de tout péter incessamment (incessamment à l’échelle de la Terre, mais ça pimente toujours l’expérience).

Topologie et paysages

Yellowstone, c’est 80% de forêt, essentiellement des résineux. Mais aussi un immense lac, des rivières magnifiques, des beaux plateaux, un grand canyon, des montagnes (ça monte à plus de 3000m), et surtout plein de zones zarbes qui vous font douter que vous êtes toujours sur Terre.

D’immenses incendies ont tout chamboulé en 1988, détruisant un tiers du parc et laissant encore des vues dignes de Mordor. Mais ce qui a donné lieu à un psychodrame national à l’époque est maintenant considéré comme un coup de la providence, régénérant la végétation et laissant un peu plus de place à d’autres espèces bouffées par les pins locaux. Rien n’a été replanté, tout repousse plus ou moins vite.

P1070126Yellowstone doit son nom à la couleur de la roche qui borde sa rivière. Avant, les trappeurs français appelaient le lieu “Roche Jaune” et encore avant, les indiens “Mi tse a-da-zi”. Donc y’a pas à tortiller, c’est bien jaune et, avec du soleil, la vue sur le Grand Canyon est vraiment somptueuse

 

P1070123 Le parc est accessible par une unique route qui forme une double-boucle en 8 desservant 5/6 “villages” et toutes les attractions principales. Les hébergements et les commerces sont tous regroupés dans ces villages, ce qui préserve vraiment le côté naturel du parc. On met facilement 1h – 1h30 quand on navigue entre 2 lieux, surtout quand les bisons règlent la circulation (voir plus loin), et que les appareils photos demandent à sortir. Car la route est ponctuée de coins pour s’arrêter.

La visite du parc est conseillée entre avril et octobre. En dehors de cette période, faut venir avec optimisme et chaines, car encore une fois, on est en montagne. Des routes sont fermées alors que y’en a déjà pas beaucoup, pareil pour l’hébergement.

Les animaux

Yellowstone a un côté zoo ouvert, mais où le touriste serait le captif et l’animal le visiteur curieux. Les animaux sont libres, le parc n’est pas fermé pour eux et il n’y a aucune mesure de protection mise en place sur les routes et les villages. Les plus de 300 rangers du parc sont surtout là pour s’assurer que les touristes fichent la paix à la faune. Le Routard explique qu’en 2012, un mâle wapiti en rut probablement un peu frustré à dézingué méthodiquement 78 voitures de touristes pendant 3 semaines sans que personne n’intervienne.

Les animaux se baladent tous à la cool, du coup les touristes s’approchent pour s’adonner à leur débileries de selfies et se font charger, terminant leur séjour à l’hosto ou au cimetière. Les bisons sont environ 5000 dans le parc, ils tuent plus que les ours. Des règles précises encadrent pourtant l’approche des animaux : en gros 100m pour les caïds (ours, loups) et 25m pour tous les autres gros modèles (bisons, cerfs, etc.). Le parc rassure en disant qu’ici, on meurt plus souvent sur la route, en se suicidant ou en tombant dans un bain d’acide. On se sent tout de suite mieux.

N’empêche que 3 jours avant qu’on arrive, un mec s’est fait mastiquer par une femelle grizzly, qui a voulu protéger son petit. Ils ont capturé l’ours et l’ont zigouillé au grand dam des rangers qui ont protesté que c’était une réaction naturelle. Mais la direction du parc a répondu que c’était risqué économiquement parlant vis à vis des touristes, donc couic pour la maman et zoo pour la progéniture.

Du coup on n’a pas fait les fanfarons lors des balades. La bombe anti-ours était l’accessoire à la mode. J’ai du mal à me dire que face à un monstre de muscles qui doit terroriser par air de barge, son bruit et son odeur, je sois en capacité de faire autre chose que de me pisser dessus dans une telle situation, mais contrairement aux ricains, ma maman ne m’a pas élevé en mode sauveur-du-monde. Ma stratégie moi, c’était de faire la papa protecteur qui garde ses rejetons pas trop loin et qui les jetterais dans les pattes de l’ours à son arrivée.

Donc on était à l’affut de gros poil toute la journée. Le bison, c’est dur de pas en voir. Il se prélasse en troupeau au bord de la route, et quand il veut faire marrer ses potes, il se met sur la route en mode “je suis chez moi, je fais ce que je veux et je t’emmerde”, causant des bouchons de plusieurs centaines de mètres. Tu le maudis, mais quand il passe devant ta voiture te zieutant du coin de l’oeil, tu lui fais un gentil sourire.

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Un pronghorn (antilope)
Un pronghorn (antilope)

Les biches, on pourrait être un peu blasé à Berkeley, où on les voit souvent dans la rue. Mais là y’a aussi des cerfs, des élans, des wapitis. On en a vu quelques uns de loin… et on était content de les voir de loin dans leur milieu à eux.

P1080211Evidemment, celui que toute la famille scrutait à longueur de journée, c’était l’ours, version ours noir ou grizzli. On est reparti le dernier jour la queue basse, mais sur la route du retour, on a fini par en voir un, plusieurs minutes et pas loin. Notre cote de confiance est remontée vis à vis des enfants, l’ours ayant été notre carotte pour chaque escapade. Un mois plus tard, ils nous en parlent encore comme de leur plus beau souvenir.

 

Et puis y’a les chipmunks. Une variété locale de petit écureuil mignons tout plein, qui débaroulent dans tous les sens lors des balades. Comme nos “fox squirrels” d’ici, mais encore plus mignons, le genre de petites bêtes dont ne se lasse jamais la petite famille, et qui nous fait tous prendre un air de furieux demeurés qu’à moitié assumé. Je me souviens encore avec émotion d’un beau petit spécimen en bordure de forêt avec ses yeux rieurs et pétillants, fier de montrer sa vitesse de course et sa connaissance du terrain, qui a croisé notre voiture et qui nous a laissé comme dernière image une queue frétillante sur une crêpe de sang collée au bitume. Snif, rest in peace, bro.

Les touristes

Yellowstone a ceci de particulier par rapport à d’autres parcs que toutes les attractions principales sont pratiquement accessibles en fauteuil roulant. Du coup, la population touristique est plus dense et plus variée comparées aux premiers parcs visités lors du voyage.

On se retrouve vite noyé par une vague de japonais ou de chinois versée par un car dont le chauffeur fait un tour du parking avant de récupérer sa marchandise. Les gus prennent juste le temps de taper leur selfie devant la première attraction et ta tronche qui rumine contre le coup de portable qu’elle vient de se prendre. Mais tu vas 100m plus loin et t’es tranquille. Tu trouves encore quelques indiens qui te font honte tellement ils sont eux bien sapés, des américains avec des discussions existentielles pour savoir si leurs boules de glace de 11h étaient meilleures que celles de 10h voire que celles de 9h, des canadiens dont tu comprends qu’ils parlaient français qu’une fois partis, et des allemands qui te foutent la frousse dès qu’ils te disent bonjour. Les français, tu les découvres plus loin dans les balades, repérables par la petite engueulade de famille, le père Décathlon à la calvitie et à la bedaine naissantes, et la mère en imitation Desigual bossue comme un C. Qu’est ce qu’elles doivent se marrer, les bêtes à voir défiler tout ce beau monde !

Les volcaneries

Yellowstone est donc sur un volcan, ça se voit, se sent, et s’entend. Ça fume, ça sent l’oeuf pourri et ça bouillonne. Impossible à louper en voiture, d’où on voit régulièrement des fumées sortir ici et là, mais les visites à pied des zones aménagées sont évidemment le clou du parc. Certaines offrent juste un ou deux points de vue et demandent 10 minutes. D’autres sont des immenses étendues (10km2 pour l’Upper Geyser Basin) avec des centaines d’attractions où on passe facilement la journée en arpentant des chemins en bois qui évitent de perdre un pied dans un bain d’acide.

 

Oui, car tout ça est vraiment mignon, mais sent aussi un peu l’hostilité. Les grosses bouffées de chaleur humide, les odeurs de soufre et d’acide, les sources qui bouillonnent à haute température, les bains d’acides… Ça trépasse sévère dans les environs. Y’a mêmes des bouquins spécialisés sur ceux qui ont terminé leur visite ici. Mais ça peut valoir le coup, par exemple, la Belgian Pool tire son nom de la mort d’un visiteur belge dans cette source chaude. Mais comptez-plus sur nous pour nous moquer des belges maintenant qu’on vit au milieu des américains.

Et c’est quoi concrètement ces volcaneries ?

Les Geysers

P1070282Le parc concentre les 2/3 des geysers au monde, y’en a 180 sur la seule zone de l’Upper Geyser Basin. De toutes tailles, du petit vigoureux d’1m au géant de 60m. Ceux qui font un jet tout propre tout droit, et ceux qui crachent de partout. Ceux qui jouent la durée avec plusieurs minutes d’éruption et ceux qui jaillissent par soubresauts.

Le truc important pour le visiteur, c’est la prédictibilité. Certains geysers ne se sont pas réveillés depuis plusieurs années et les spécialistes ne savent pas prévoir la prochaine éruptions. D’autres sont réglés au métronome. Par exemple le plus connu, le Old Faithful, jaillit toutes les heures. Certains, c’est toutes les 10h, mais à 2h près. Donc le facteur chance est important pour bien profiter des lieux. Mais on peut aussi planifier ses visites avec les prévisions du parc.

P1070430La chance nous faisant pas trop défaut ces derniers temps, on en a vu un paquet, dont notamment le Grand Geyser, qui s’active toutes les 7h et peut monter à 60m. Les gens peuvent attendre 2h pour celui-là (on a attendu 45 min), mais attendre avec les américains, c’est sympa et le plaisir est d’autant plus grand ensuite, ça applaudit à chaque haut jaillissement !

On avait déjà vu un geyser en Californie, ceux-là sont évidemment plus impressionnants par leur taille et leur nombre, mais c’est pas le truc qui nous a emballé le plus ici.

Les piscines

Les sources chaudes (Hot Springs) sont incroyables. Certaines sont aussi appelées piscines (pools), ce qui n’est pas très prudent quand on accueille des visiteurs belges, on l’a vu. Mais c’est vrai que la transparence et la profondeur de ces petits et grands bassins sont hypnotisantes et donnent envie de plonger. Le mélange des couleurs – jaunes, oranges, rouges, verts, bleus – est vraiment exceptionnel. Et ce sont des couleurs vivantes, elles proviennent de bactéries et évoluent donc selon le temps.

 

La fameuse Belgian Pool, dont certains mauvais esprits avancent qu'elle sentirait la frite moisie
Le fameux Belgian Pool, dont certains mauvais esprits avancent qu’il sentirait la frite moisie

Les fumeroles

Partout dans le parc on peut voir, sentir et entendre des fumées qui sortent d’on ne sait où. Elles préfigurent parfois un geyser, mais rarement. L’odeur et la chaleur sont difficilement supportables au début, mais on s’y habitue. Sauf mademoiselle qui a développé peu à peu une peur panique à la vue de la moindre fumée, et qu’on devait motiver pour un sprint à chaque fois qu’on traversait des grosses fumeroles.

Les bruits sont aussi assez incroyables, on entend Hadès nous murmurer des trucs des profondeurs qu’on n’a pas envie d’entendre. Le premier qu’on a visité s’appelle Dragon Mouth’s Spring, y’avait pas de doutes sur le nom.

Les mare de boue

P1070730Ça fait pas rêver sur le papier, mais voir des bassins de boue bouillonner reste aussi superbe. Et toujours des bruits, avec inspiration Rabbi Jacob dans ce cas.

 

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Les terrasses de travertin

Au nord du parc, à Mammoth Hot Springs, se trouve un phénomène assez unique : un ensemble de terrasses naturelles en travertin (oui, celui du carrelage italien), avec encore des couleurs encore incroyables et qui varient au jour le jour, selon le temps et l’humidité.

 

Notre séjour

On a eu la chance de dégotter une chambre au milieu du parc (Canyon Village), dans un hôtel (“Lodge”) tout juste construit. Même au centre du parc, se rendre aux différents points peut prendre 1h – 1h30, donc le lieu d’hébergement est déterminant quand on visite ce parc. Surtout que la file d’attente aux péages d’entrée ponctionne d’autant plus le temps disponible quand on loge à l’extérieur. Mais c’est pas le même budget, le premier prix en hôtel (“Cabin”) est à 200$ pour 4 sur Canyon Village.

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Y’a ensuite tellement de choses à voir à différents endroits que faut être organisés pour bien en profiter. On a passé 4 jours pleins, avec des journées 9h-18h avec enfants, ça nous a semblé parfait pour avoir un aperçu général : on a visité tous les coins les plus connus en prenant notre temps (5h pour la zone principale d’Upper Geyser Basin). Mais avec quelques jours de plus, on aurait pu faire des sentiers de randonnées et gentiment se faire bouffer par des ours ou encorner par des bisons, ce qu’on aurait bien essayé quand-même.

Question papilles on oublie, mais l’offre reste variée et accessible : supermarchés, fast-foods, cafétérias, restaurants. Comme dans tous les parcs à ours, y’a toujours une attention particulière liée à la bouffe, qui a tendance à attirer ces grosses bêtes et leur faire des choses qui dépassent la bienséance. On a toujours le droit aux photos de voitures défoncées par un ours, ou à la chambre visitée, et généralement, on suit les règles pour éviter les mêmes mésaventures.

En conclusion sur Yellowstone, on en a vues des belles choses dans notre courte vie, mais autant et aussi variées dans un même lieu, jamais.


Le voyage se termine presque, mais probablement l’attention de ceux qui sont arrivés jusque là aussi, donc la suite au prochain épisode, hein ?

Les photos (ensemble du voyage) sont toujours au même endroit (mot de passe requis), mais on a aussi rajouté des vidéos maintenant :

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