Pubs noires

Tiens, je reçois des courriers marketing de bon goût aujourd’hui :

  • Mon assurance auto qui me donne un conseil avisé au vu de l’actualité française :

(Partagez la route avec les gros camions en toute sécurité)

  • Et une boite de crémation du coin qui adresse une promo à l’ancien résident :

A l’intérieur, il est dit que l’avantage de la crémation, c’est que c’est moins cher. Et que faut y penser maintenant parce que des fois, la mort arrive plus tôt que prévu.

Bien vu les gars, mais le mec a trouvé encore moins cher. Dans l’incendie de sa maison.

Fuck gentrification

Comme prévu, Berkeley a eu raison de nous. Trop pauvres pour acheter une bicoque dans notre ville d’accueil. Ce printemps (car ça monte chaque année), une maison avec 3 chambres était listée en moyenne à $800,000 et partait à $1,200,000. On a hésité à partir dans les terres 20 minutes plein est, côté Walnut Creek avec ses grandes baraques plus abordables en pleine campagne et pleine chaleur, mais aussi sa population et son esprit très WASP. Comme on s’est habitué à la vie plus urbaine et plus cosmopolite de la Baie, on a choisi Oakland, située juste dessous Berkeley et en face de San Francisco.

On est sur le point bleu, une rue au sud de Berkeley
On est sur le point bleu, une rue au sud de Berkeley

Oakland

Oakland est mondialement connu comme étant une capitale du crime (“mondialement” aux Etats-Unis signifie aux Etats-Unis), la 2ème ville la plus dangereuse du pays, il parait. Pour beaucoup, Oakland se traverse en empruntant l’autoroute ou le corbillard. Faut reconnaitre que la 1ère vision d’Oakland qu’on a en prenant le BART (=RER) en venant de San Francisco vous met pas en extase. A droite, le port gigantesque façon “The Wire”, à gauche des visions de West Oakland façon “New York 1997”.

Mais Oakland est immense, et variée comme peu de villes le sont ici (à part SF). Si West Oakland reste un peu glauque par (rares) endroits, la partie Est qui borde la colline (Montclair, Claremont) est rupine ; le nord qui jouxte Berkeley est bobo ; le centre branchouille et animé. Et comme dans toutes les villes ici, même au sein du même quartier, l’ambiance peut changer totalement d’un bloc à l’autre.

Et puis le crime est pas la seule activité tendance, les enfants de la balle occupent la scène artistique aussi ; c’est nous môssieur que Stromae avait choisis l’an passé sur la Baie. Y’a de la vie nocturne, pleins de restos et bars à vin. Le New York Times avait classé la ville en 5ème place dans un classement des endroits à visiter au monde (sic, c’est du top-bobo ce classement). On cartonne en sport (les Warriors sont la meilleure équipe de basket au monde – monde=Etats-Unis pour rappel). Et surtout on est les rois des poubelles aussi, et ça, ça rend fier !

Bon, certains peuvent pipoter autant qu’ils veulent, si Oakland fait peur, c’est aussi par sa population noire. Comme en France avec la population magrhébine. On a vécu la même chose habitant à la Guillotière, à Lyon. Tous ces non-blancs qui “trainent” dans la rue font peur à ceux qui n’en voient pas dans leur quartier.

Tiens d’ailleurs, quand il a fallu qu’on trouve de nouveaux locataires pour notre maison de Berkeley Hills, notre proprio nous a demandé d’éviter les noirs. Mais pour leur bien hein ! Car ils ne se seraient pas sentis bien dans le quartier, qu’elle nous a dit.

Fuck gentrification

Pourtant la population noire d’Oakland décline ; 44% de la population en 1990, 28% en 2010. Plus globalement, les plus pauvres se font jarter d’Oakland comme ils se sont déjà fait jarter de SF. Et ceux qui sont maintenant trop limites pour continuer à vivre sur SF viennent sur Oakland et délogent les moins riches qui doivent remonter au nord ou à l’est de la Baie. La Silicon Valley suit le mouvement, elle continue de migrer sur SF mais commence maintenant à s’installer ici.

Oakland devient peu à peu un nouveau coin bobo de la Baie, notamment le quartier qu’on a choisi (enfin quand on achète dans la Baie, on choisit pas vraiment). Son nom, NOBE (North-Oakland / Berkeley / Emeryville) a été inventé par des agents immobiliers qui ont monté une opération marketing pour redonner un attrait à cette partie de la ville.

Evidemment les gens du coin trouvent qu’Oakland perd son âme avec cette nouvelle population. Les vieilles maisons sont rasées et reconstruites à neuf. C’est le cas de la nôtre comme déjà d’autres juste dans notre rue. Du coup on se retrouve avec des messages d’accueil comme celui-ci inscrit sur notre trottoir.

fuck-gentrification
On a de la chance, d’autres maisons sont carrément taguées

Mon fils m’a demandé ce que ça voulait dire, mais j’ai pas eu le temps de commencer à lui expliquer qu’il était parti pour l’effacer avec sa soeur. Dans 10 ans mon gars, c’est peut-être toi qui l’écrira pour ceux qui vont nous virer. D’ailleurs, on aurait du l’écrire sur notre ancien trottoir, le loyer a grimpé de plus de 10% (niveau d’augmentation moyen constaté chaque année ici). On peut toujours se consider le gentrifié d’autrui.

Dans ma rue

Bon c’est sûr qu’entre ça, plus un mec dessoudé au coin de notre rue la veille de notre emménagement, plus les voisins qui rigolent à la vue des pigeons qui ont mis aussi cher pour acheter dans le quartier, on a traversé quelques moments circonspects au début. Je m’étais aussi abonné à un des nombreux sites qui recensent les crimes et délits quotidiens, mais c’était pas l’idée la plus heureuse, même si tu t’endors avec la douce surprise d’être toujours vivant à la fin de la journée.

Et puis quitter les belles maisons de Berkeley Hills, les vues sur la Baie, la verdure dans les rues, les playgrounds des enfants, les biches, les écureuils, les petites boutiques et restos…

Finalement, on a fait le tour du nouveau voisinage, on n’a vu que des gens qui nous accueillaient chaleureusement et qui nous vantaient le quartier. Je n’ai discuté qu’une fois et brièvement avec une voisine dans notre quartier précédent, là je connais déjà 5 prénoms de voisins.

On a des voisins vietnamiens qui sont là depuis 23 ans et qui ont acheté à l’époque leur baraque moins de $100,000 (elle en vaut probablement 7/8 fois plus maintenant). Une mamie en face qui est là depuis 54 ans et dont j’espère qu’elle nous racontera sa traversée de l’histoire noire-américaine. De plus en plus de familles blanches bien sûr, mais plus discrètes, comme nous quoi.

La vie est plus animée, ça sent parfois le chichon (ça rappelle la Guillotière), on entend des poules, de la bonne zik tendance blaxploitation, quelques coups de feu pour pimenter l’ambiance. Ca demande une réacclimatation mais ça s’annonce bien.

Chaud mais bien.

Show-girl Show-boy

Superstar DJ’s
Here we go!

L’Amérique est vraiment une fabrique de show-men et de show-women, ça se vérifie à la maison.

Mais chez les enfants seulement, je vous rassure.

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Papa chéri

– Papa, est-ce que demain tu pars à ton travail de Francico ?

– Non, demain je reste bosser à la maison.

– Ouais, trop bien, trop bien ! Chui trop contente mon papa chéri ! J’taime trop !

Si c’est pas mimi d’avoir des gosses quand-même. Sentir l’amour filial, inconditionnel. Surtout, quand gosse, on a jamais pu appeler quelqu’un papa. L’émotion m’étreint.

– Comme ça, on aura droit d’avoir du Nutella au tit-déjeuner.

– …

Bande de gros bâtards, va.

Encore plus sournois que leur père.

Tippi Hedren

J’ai vu Tippi Hedren ! En chair et (surtout) en os !

Ce week-end était le Labor Day aux US. Ces blagueurs de ricains sont à l’initiative de la fête internationale des travailleurs du 1er mai mais sont parmi les seuls à ne pas la fêter. Trop gauchiste. Donc la fête du travail à lieu le 1er lundi de septembre.

Long week-end, donc escapade. A la découverte du nord de la côte californienne, en particulier Mendocino. Et passage par Bodega Bay.

Tout fan de Hitchcock sait que Bodega Bay est le lieu de tournage principal du film Les Oiseaux (1963), le début se passant dans San Francisco. J’avais du faire l’impasse dessus lors de mon roadtrip de y’a 15 ans (mais j’avais fait un pèlerinage Vertigo dans San Francisco), je comptais bien me rattraper dès que possible. Pas forcément ce week-end, car on y passait juste une nuit. Donc j’avais pas fait de repérage.

Et voilà que je me rends compte sur place qu’on loge juste en face du restaurant où a eu lieu une partie du tournage ! Tout a été refait, mais on devine. Par exemple la vue sur… Diantre ! Une affiche qui annonce Tippi Hedren les 3 jours pour une séance d’autographe, dès demain 11h ! Arrêt cardiaque contrôlé. Encore plus cul-bordé-de-nouillé que pour la fois de la météorite.

Evidemment, Tippi Hedren est plus connue maintenant pour sa fille (Melanie Griffith) et sa petite-fille (Dakota Johnson, actrice principale de Cinquante nuances de Grey). Mais c’était mon idole à une époque où, malgré ma mémoire de poisson rouge alzheimerien défoncé au cannabis qui n’a jamais réussi à retenir un nom propre de fiction, je connaissais littéralement par coeur toute la filmographie hitchcockienne détaillée dans la bible de ma post-adolescence, le Hitchcock/Truffaut. Mes grand-parents, s’inquiétant de l’orientation sexuelle de leur unique petit-fils, élevé en milieu féminin qui plus est, me questionnaient à chaque fin de film sur l’actrice principale : “Et celle-là, tu la trouves jolie ?”. Au début j’étais honnête, je m’en foutais de ces veillardes de trentenaires ; après, j’ai vite compris que fallait répondre positivement. Et pas à côté de la plaque. Les blondes hitchcockiennes me paraissaient une réponse indiscutable.

Mais Tippi Hedren, y’avait autre chose. Un caractère indomptable, mutin, malicieux, vif. D’ailleurs au coeur de ses 2 films avec Hitchcock. Du coup, c’était peut-être ma première réponse honnête.

Donc le lendemain, on est resté un peu plus longtemps sur Bodega Bay. Y’avait une trentaine de personnes à faire la queue. Autographe à 20$, 40$ avec la photo. J’ai hésité mais j’ai vraiment pas la mentalité fan. Mais je m’en serais voulu de pas la voir. Madame a eu la politesse de se faire attendre 5/10 minutes. Le temps que les enfants tombent sur des photos et des extraits du film un peu hards, notamment le gros plan du fermier avec les yeux bouffés (mais le principal est qu’il n’est pas de téton).

Tippi Hedren

Je m’attendais à voir un échalas de plastique recollé, recousu, botoxé de tous les côtés, mais on a vu un petit bout de femme mignon tout plein. A virer leur cuti et rendre gérontophiles tous les curés du monde. On a longtemps débattu dans la voiture après, je maintiens que tout n’est pas naturel (plus de débat avec les photos en gros plan), mais c’est bien fait. Le plus chouette est qu’elle a toujours cette malice et cette vivacité de caractère du bas de ses 85 ans. Et qu’elle n’a pas fait sa diva blasée, mais montrait toujours une bonne dose d’empathie avec des gens qui lui posent toujours les mêmes questions (“Alors, vous avez peur des oiseaux ?”, “Hitchcock, il était comment ?”, etc.), répondant des tirades qu’on aurait pu croires sorties pour la première fois.

Longtemps je me suis demandé ce qui avait cloché dans mon parcours pour passer des grandes blondes hitchcockiennes classes à ma p’tite brune franco-râleuse affublée de sa soeur pétomane. Et ben j’ai toujours pas la réponse.

Coding-out

Pas de femme ni d’enfants pendant 18 jours. Ça m’est jamais arrivé depuis 16 ans d’être tout seul aussi longtemps. Pour sûr que je vais en profiter ! Bon, écumer les bars de Mission Bay ou Castro pour tâter du plan gay, trans ou ramener des petites pépées et me défoncer aux drogues plus ou moins dures, pourquoi pas, faut pas insulter l’avenir, mais c’est pas encore mon truc. Non, mon fantasme, peu envisageable au quotidien à la maison, est plus inavouable.

Coder !

“Programmer” pour les profanes.

Bon faut contextualiser, je sens. Je viens d’un milieu où l’informatique, c’est la pire des looses. Un peu moins pire que flic ou prêtre, mais quand-même. Dans ma famille proche, on bosse dans le social, la décoration, le vin bio. Du noble. Le lien humain et la culture rendent toutes autres valeurs insignifiantes. L’argent et la technologie sont des valeurs presque honteuses. On se targue de pas se savoir servir de son téléphone. Quand on en a un.

Gosse, je paraissais déjà un peu bizarre aimant autant les maths que les matières littéraires, genre il va tourner mal çui-la. Je suis d’ailleurs parti à la fac sur un programme de maths appliquées aux sciences sociales, genre je me déciderai à la dernière minute. Puis j’ai basculé sur un cursus informatique, mais plus ouvert que la normale, avec langues, techniques de communication, etc. Avec l’idée de faire chef de projet de suite et pas de me salir les mains en programmant.

L’ordinateur et moi, ça a été une relation compliquée au début. Genre une fille avec qui tu sors un peu en cachette car elle te fait un peu honte. Mais que t’as l’impression de connaître depuis toujours. Et elle est tellement dingue de toi que tu peux pas la larguer comme ça ; au moins là, t’as pas d’effort à faire. Donc ado, j’ai bien fait quelques jeux, car c’est normal pour un ado, mais je refoulais mes désirs de programmation qui m’apparaissaient pas très sains. Même étudiant, je n’ai jamais programmé juste pour le plaisir.

Idem une fois rentré sur le marché du travail. Empreint d’une éducation aux saveurs marxistes, je me suis toujours interdit de bosser chez moi au profit d’un patron. Et même en tant que co-fondateur de ma startup je me limitais avec des horaires hyper stricts, pas question de me faire exploiter par moi-même, voire pire, de m’exploiter moi-même !

J’ai quand-même dérogé à la règle pour participer à des concours de développement, notamment à des périodes un peu trop pépères au niveau boulot. Ça avait un côté argent facile, comme un mec qui dealerait de la drogue le week-end. C’est d’ailleurs comme ça que je suis parti découvrir San Francisco et la Silicon Valley y’a 16 ans (en gagnant un concours, pas en dealant).

Pourtant, je suis pas sûr d’être geek. Je me suis jamais intéressé au matos ou aux objets eux-mêmes, je suis pas leur actualité, je m’intéresse seulement à ce qu’on peut inventer dessus. Ca peut sembler bizarre de dire ça quand on a plusieurs ordinateurs, tablettes, smartphones à la maison, mais personne vous dit que vous êtes fans d’électricité parce que vous avez un lave-linge, un lave-vaisselle et un aspirateur, si ? C’est fou comme la perception d’un lecteur insatiable peut se transformer en obsédé de la tablette, alors que seul le support change.

L’arrivée à San Francisco l’année dernière m’a fait une onde de choc. Que j’anticipais faut dire. Ici le développeur, c’est un peu une star, au même titre que l’entrepreneur. Les boites te chouchoutent, les salaires sont indécents. Certains développeurs commencent à avoir des agents, à l’instar de sportifs ou d’artistes. En France, si une fille te demande ton boulot à une soirée, c’est juste suicidaire que dire que t’es développeur. Ici elle te demanderas dans quelle boite, avec quels langages, etc. Genre elle flaire un peu ton potentiel économique et t’associe à un mec cool, mode hipster.

Quand en France on représente le développeur en un bedonnant-chauve-bigleux à qui tu confierais pas tes enfants, ici on te montre un beau-gosse. En ville, tu vois des panneaux de pub qui jouent sur le côté sexy avec des développeurs, voire qui montre des développeurs en petite tenue. Bon en même temps tout le monde est à poil à San Francisco.

Donc imprégné de ces vibrations californiennes, j’ai décidé que je me ferai une cure de code, soirs et week-ends pour 18 jours. Façon nerd-ermite, mais ça sera peut-être qu’une fois dans ma vie.

Comment ça, je code pas tous les jours au boulot ? Ben non, misère. Sur le Tour de France, je serais le mec qui prépare la course de son équipe le matin, et qui donne les conseils la journée dans sa voiture. Bon ces jours-ci, je peux monter sur un vélo, donc ça me fait vraiment du 12h de code par jour, je me rattrape.

Les neurones sont ravis, le corps un peu moins. Le week-end de 3 jours (fête de l’indépendance) en mode 6h30-minuit assis devant un écran en quasi non-stop, il a pas beaucoup aimé je sens. Yeux rouges, membres engourdis, estomac vide. Mais il a pas à la ramener, ça fait bientôt un an qu’il voit le soleil quotidiennement, fait de la marche + trottinette tous les jours de semaine, des balades tous les week-ends. Et puis y’a la musique en fond qui compense, notamment celle censurée par Madame en temps normal.

Là vous vous dites peut-être que je suis sûrement en train de pondre un truc de fou ? Ben non, même pas. L’ambition du résultat, pour moi c’est au boulot. Ce qui m’intéresse personnellement c’est la manière, les moyens justifient la fin. Je vais pas tartiner sur le plaisir intellectuel que peux procurer la programmation quand on est passionné. L’aspect démiurge où on devient créateur d’univers autonome ; la partie jeu casse-tête où il faut continuellement résoudre des problèmes ; la remise en question perpétuelle avec des vagues de nouveautés incessantes ; le partage avec des développeurs de tous pays. Et pour les plus graves dont je suis, y’a la dimension artistique du code, mais je suis encore trop lucide pour oser en parler aux profanes.

Ouais, y’a du mal de fait, j’assume. J’arrête là sinon Madame va s’inquiéter et rentrer plus tôt de France. Elle ignorait tout ça la pauvre.

Les cacahuètes du maire

Je rentre à la maison, pleins de petits coeurs sur la table que je remarque même pas. Bon, y’a un truc spécial apparemment. Bah, y’a un an, c’est le projet d’expatriation qui se décidait. Ah, la vente de ma boite ? Heu, je l’ai bien en tête, mais c’était le 15 mai ma p’tite scattered-woman !

Merde, c’est autre chose, j’ai grillé une cartouche. J’ai maintenant la pression au milieu des 3 qui se moquent de moi. Je cherche… De dieu, le 11, non le 12 mai 2014, qu’est-ce qui a bien pu se passer ?

Bon, ils ont pas l’air sérieux, ça a pas l’air critique, pas de panique. Encore une blague à la con, je peux pas leur en vouloir. Allez, je rends les armes.

“Notre mariage !”

Oh putain ! Notre premier anniversaire de mariage !

Là, le lecteur qui me connait pas de près doit se dire qu’il a trouvé le pire goujat au monde. Y’a sûrement un peu de vrai, mais j’ai quelques excuses. Même si ça m’empêche pas d’avoir un peu honte.

Dites-le pas trop fort à nos hôtes, mais on s’est un peu mariés parce que les lois ricaines conçoivent pas grand chose d’autre pour un couple immigré. Mais avant, on s’engueulait très bien sans ce bout de papier, et on imaginait bien continuer sans.

Ca reste pourtant un mariage épique.

Décidé en avril, planifié pour mi-mai histoire de choper le visa pour août. 2 jours après notre retour d’un voyage au Sénégal et la veille d’un séjour professionnel en Californie (finalement annulé in extremis).

Un lundi soir après le boulot. Un 12 mai donc.

En comité restreint, seuls les témoins étaient prévus au départ. Mêmes pas les parents. Y’aura finalement un peu plus de monde, mais pas de quoi remplir la salle de mairie de notre petit village.

La mariée en boubou bleu et rose. Fait sur mesure par un tailleur dakarois. Le marié en chemise froissée. Faite sur mesure, ou presque, par un tailleur chinois de chez Jules voire Celio. La fille en déguisement de robe de princesse look Tati. Le fils a peu près présentable dans les 5 minutes après l’habillement et avant les délires avec les cousins.

Pas de bague évidemment. Même pas de bisous ; parait même que j’aurais mis un vent à ma dulcinée, mais ma mauvaise foi est assez forte pour refuter cette idée.

Le maire de notre village avait eu l’air quelque peu surpris quand on avait commencé à parler organisation. Il nous aurait probablement dénoncés s’il nous connaissait pas un peu et s’il avait pas encore un maigre espoir de conserver 2 petits clients de plus dans l’école du village. Mais quand il a vu comment on fêtait ça ensuite à la maison, là on l’a perdu. Ils nous a vu sortir péniblement un bol de cacahuètes pour une quinzaine de personnes, accompagnées d’une goutte de champagne sorti d’on ne sait où. Et puis il a senti qu’il fallait qu’il rentre chez lui pour pas perdre sa foi républicaine.

En l’espace de quelques semaines, on m’a brutalement rappelé que je devais fêter un mariage et une 4ème décade. Si on m’avait dit ça y’a 20 ans, j’aurais bien ricané, tiens. Manque plus qu’on me dise que j’ai des gosses.

PS : On n’a pas assez insisté qu’elles avaient été ramenées fraîchement du Sénégal et grillées dans le sable, ces cacahuètes ! Et je soutiens que y’en avait au moins 3, voire 4, par personne !

Charlie

La pétarade à Charlie fait aussi les gros titres ici. Faut dire que le côté coup-de-feu+terroriste+islamiste+chasse-a-l’homme, c’est de l’or en barre ici.

Je peux pas m’empêcher de penser combien ça les aurait fait gerber, nos disparus, tout ce salmigondis national et unanime de pathos et de bons sentiments.

Les gens qui disent manifester pour la liberté de la presse… Quelle connerie. Combien sortiraient si l’attaque avait ciblé un Minute ou un Rivarol ? Non, les gens sortent principalement pour l’émotion et affronter la peur en groupe. C’est pas reprochable, bien au contraire, mais qu’on arrête cet alibi grotesque de la liberté de la presse.

Achevés dans leur mort par ces hommages suintant la bien-pensance qu’ils dénonçaient, les pauvres. Heureusement que y’a quelques dessins cyniques qui sortent pour rendre hommage dans l’esprit de Charlie, sinon ça serait un vrai désastre.

Mais mon positivisme américain me fait voir le bon coté des choses.

Débarrassé de la planche hebdomadaire du “Beauf” de Cabu qui squattait le bas de la page 7 de mon Canard Enchainé et qui pouvait ne faire sourire que les natifs du début de ce siècle et du précédent (même si Cabu faisait toujours de chouettes dessins politiques dans les autres pages).

Soulagé de toutes les paires de fesses et de nibards crachées à la chaine par papy Wolinsky.

Heureux de voir Patrick Pelloux echapper au drame. Si le bonhomme est une bête médiatique avec tous les travers que ça comporte, ce mec a un taux d’humanité à la ligne qui me tort les boyaux à chaque fois que je lis une de ses chroniques. Encore plus que feu Cavanna.

Espoir (très limité) de voir un Charlie revigoré avec une équipe qui pourrait rajeunir l’esprit et lui donner un peu plus d’ouverture.

Content pour tous ceux qui vont bénéficier de l’événement : médias (les tonnes de coke qui doivent circuler ces jours chez i>Télé et BFMTV…), partis et mouvements extrémistes (Marine pleure sûrement, mais de joie), polémistes (Zemmour, change ton slibard), éditeurs et biographes (combien de chèques d’avance déjà signés ?), …

Et heureux d’apprendre que finalement Charlie faisait se bidonner plusieurs millions de lecteurs, j’en étais bêtement resté à quelques dizaines de milliers.

Bon, pour Charb, Tignous et Maris, j’ai du mal à trouver des bon côtés, car il vont sérieusement me manquer ces trois-là ; je dois encore travailler mon moi américain. Quant aux autres, Honoré, flics, agent d’entretien, autres chroniqueurs/correcteurs, si j’ai bien compris, c’est pas la peine d’en parler.

J’ai dû lire Charlie pendant 6 mois après son redémarrage avant d’être fatigué par son systématisme dans l’approche politique et le trop plein d’humour bas du ventre. Mais lors de notre séjour en France ce Noël, je suis retombé sur un Charlie, que j’ai lu avec plaisir, et sur le livre regroupant toutes leurs couvertures depuis la sortie. J’étais re-rentré dans leur intimité quand ils racontent comment ils se retrouvent après la Grosse Bertha pour fonder le journal. Au retour aux US, j’hésitais même à me réabonner, du coup ça m’a un peu plus sonné que ça aurait dû.

J’ai aussi appris lors du même séjour le cancer d’un cousin éloigné mais apprécié. Trentenaire, le petit dernier de la génération, le genre de mecs que tout le monde aime. J’ai toujours été amusé par son prénom. Moins maintenant. Il s’appelle “Charlie”.

 

La Femme à San Francisco

Il aura fallu qu’on aille sur San Francisco pour enfin voir La Femme !

Ceux qui nous connaissent savent le culte qu’on cultive pour ce groupe de musique français. Déniché par le papa début 2013 dans des milieux branchouilles, raillé par la maman lors des premières écoutes, et finalement adopté par toute la famille au bout de quelques semaines ! Leur unique album, Psycho Tropical Berlin, est ce que j’ai écouté de mieux depuis des années en France.

La Femme, c’est un collectif biarrot de jeunipèdes dandys qui sort un son d’une maturité vexante. Style musical difficilement classable : mélange d’électro-rock / psychédélique / surf / coldwave. Une première écoute négligente pourra laisser penser à un truc facile et niaiseux alors que c’est d’une richesse et d’une cohérence assez dingues. Les obsédés des paroles railleront leur naïveté alors qu’elles cadrent pile-poil pour apporter des touches et contrastes qui mêlent rétro / décadence / insouciance / noirceur / dandysme / androgynisme. Les abimés de la Star-Ac et de ses hurleurs pourront aussi émettre quelques doutes sur les performances vocales, oubliant que là encore, elles s’ajustent parfaitement au contexte.

Un extrait en concert (la meilleure captation que je connaisse sur le Net) :

Maintenant, ils commencent à être connus, leur album a notamment gagné une Victoire de la Musique avec une prestation scénique remarquée :

Quand j’ai vu qu’ils passaient dans un club de San Francisco, je me suis empressé d’acheter les tickets, et c’était donc hier au Slim’s. C’était pas ouvert aux enfants, les nôtres ont donc accusé le coup, mais c’était effectivement pas adapté pour des gosses de 4 et 7 ans. Sauf à vouloir s’en débarrasser au milieu du tumulte pogoteur, où l’espérance de vie était ce soir là assez brève pour qui mesure moins d’1m.

On est arrivé à l’ouverture, le club était quasi-vide, je commençais à avoir de la peine pour mes petits français. A moitié rempli pour la première partie, un trio de jeunes ricains avec une chanteuse guitariste impressionnante. Aux trois-quarts dans la deuxième partie, encore un groupe de jeunes ricains plutôt écoutable. Et à 22h30, le club était plein pour nos surfeurs !

Ambiance très branchées, très jeune (on était probablement dans le dernier décile), excentrique et très libre, à la San Francisco ! Ou finalement c’était nous les excentriques à venir sans coiffure type pyramide verte, sans robe de chambre façon boxeur, sans chapeau et lasso façon Indiana Jones.

Moi qui aime bien observer les gens, ça tient maintenant du défi de savoir qui est avec qui, y’a trop de combinaisons possibles et pas assez de critères stables pour deviner. Gros challenge pour ces prochains mois ! C’est sûr que le retour au bar du village risque d’être un peu délicat. Mais ça tombe bien, on n’y allait pas.

Prestation électrisante, foule au 3/4 de fans déchainés si ce n’est déchirés, l’ambiance était au rendez-vous côté scène et côté salle, super moment. Côté son, c’était pas la grande classe, mais on se nettoiera les oreilles quand le matos hifi daignera sortir de notre foutu container.

Une captation qui gagnera probablement peu d’oscars techniques ou artistiques (ni mon téléphone ni ma pomme n’avions pourtant trop bu) :

Le trajet du retour San Francisco > Berkeley était assez étonnant, le Bay Bridge bouchonné à 1h du mat, je m’y attendais pas trop. Mais c’est rien à côté de ce qui nous attend aujourd’hui entre Halloween (mon petit coeur sensible a déjà dû affronter des zombies dans le métro, brrrhhh) et la parade des Giants suite à la victoire de San Francisco mercredi dans la ligue de baseball américaine!