Et d’une !

Ben voilà, on a conclu hier notre première année aux États-Unis. Arrivés le 18 août 2014.

Un bilan ? Ben on n’est pas trop malheureux j’ai l’impression. Madame se donne finalement moins d’urgence à trouver un boulot, aussi occupée qu’une retraitée. Les enfants ont bien compris que c’était un pays fait spécialement pour eux, où le fun et la futilité sont le Graal de tout un chacun. Monsieur a l’impression d’être en vacances la semaine au boulot tout comme chaque week-end. On est tous à la cool, comme tout le monde ici. Enfin, ceux dont le niveau de vie le permet. C’est indécent mais on va pas se flageller à la française pour ça. Ça durera peut-être pas. Autant en profiter.

Alors l’objectif de 2 ans est maintenant rayé. On a commencé le processus de demande d’une Green Card, histoire de ne plus être dépendant de mon job. Ce qui peut prendre jusqu’à 2 ans. On envisage d’acheter 4 voire 5 murs (et donc de bouffer du maïs jusqu’à la fin de nos jours) pour stopper l’hémorragie de notre compte en banque dans ces loyers démentiels. On recense tous les coins qu’on aimerait visiter dans ce pays immense. Et on tente toujours de décrypter le fonctionnent des ricains, ce qui prendra encore quelques années. On est toujours au stade du spectateur incrédule qui pige pas comment un bonimenteur de marché peut avoir autant de succès.

Comme nous, nos lointains proches se sont fait à l’idée d’un éloignement plus durable. C’est un prix à payer qu’on impose aussi égoïstement aux autres. Avec des crève-coeurs comme des naissances auxquelles on n’assistera pas, ou des dernières lignes droites de grands-parents qu’on voit diminuer à distance. Et on se dit que ça nous retombera dessus plus tard avec des gosses à qui on aura donné l’inclination de l’expatriation. Mais chacun comprend que l’expérience enrichit aussi tout le monde.

Cette année à terminé comme elle avait commencé pour nous. Par un tremblement de terre plus coriace que les autres. Moins fort que celui du 24 août de l’année dernière (4.0 contre 6.0), mais bien plus proche, à 5 km, sur notre faille de Hayward. Mais on l’aura pas vécu cette fois. Car on a aussi bouclé notre année hier sur un road-trip d’anthologie. Plus de 7000km en 18 jours à s’en mettre plein les yeux, jambes et ventres. Oui, faudrait qu’on vous raconte et montre tout ça. Mais on se presse plus. Souvenez-vous qu’on est à la cool.

Hi

Commu(beep)!

La semaine dernière à San Francisco. Derby des Giants contre les Dodgers de Los Angeles. Un Lyon – Saint-Etienne, mais en version quasi civilisée, et avec des adversaires dignes d’être des adversaires.

Grosse tension, les Giants se laissant mener 2-0 chez eux. Le public s’excite ; fuse des tribunes l’amertume de quelques mots secs et jets de bière humides. Adressés aux Dodgers mais accueillis principalement par nos oreilles et chevelures innocentes. Quand tonne derrière nous l’insulte suprême :

Communists!

Oh putain ! Tu sens là plus de violence qu’une revue intégrale de l’Arche de Noé portant atteinte à ta respectable génitrice. On est là aux frontières de l’indicible, version locale du point Godwin, plus rien à rajouter.

Communiste. Qu’est ce qu’on pourrait dire en France d’équivalent ? Gamins, à l’époque du pin’s “Touche pas à mon pote”, on aurait dit “Raciste !”. Maintenant tu ferais juste sourire, ça devient doucement un signe d’attitude décomplexée, suffit juste de pas trop déraper quand t’es connu pour éviter l’emballement médiatique.

Fasciste ? Bof, c’est maintenant le premier parti de France.

Non, faut plutôt chercher de l’autre côté désormais. Droit-de-l’hommiste ! Européiste ! Tiers-mondiste ! Humaniste ! Démocrate ! Ça, ça a de l’avenir. Surtout dans des gradins de supporters.

Quoi, mon accent ? La honte de ses gosses

Ca y est, ça a commencé. Plus tôt que prévu.

— C’est pas “one more time”, c’est “one more time” !

Un slip-au-verre (slip-au-vert ? slip-ovaire ? ah, sleepover) d’un pote américain du fiston – c’est les vacances cette semaine, alors ça enchaine, les slips. Traditionnelle séance musique du repas du soir où chacun peut choisir un morceau tour à tour. Je répète le titre proposé par l’autochtone, et voilà ma première veste sur mon accent de la part des enfants : “Eh, papa, c’est pas comme ça qu’on dit !”. Accompagné d’un sourire ironique et néanmoins gêné.

La semaine dernière déjà, au stade pour voir le 1er match de la saison des Giants, le fiston avait compris avant moi le chant ennemi : “Let’s go Oakland!”. OK, c’est juste notre ville voisine par laquelle je passe 2 fois par jour, et le chant local est juste “Let’s go Giants!”. N’empêche que moi j’avais pas bien saisi (comme j’avais pas saisi “Let’s go Giants!” lors de mon 1er match).

Faut dire que j’ai toujours été une quiche au niveau accent. Une des raisons pour lesquelles j’ai toujours adoré le latin. Bon je me débrouille heureusement mieux qu’un président français. Il arrive même qu’on me comprenne, profitant d’un malentendu.

Non, objectivement, j’ai pas plus de problème qu’en français. Mon débit couplé à mon articulation et mon niveau sonore fait que mon accent passe finalement inaperçu. Voire je fais plus d’efforts qu’en français et on me comprend mieux. Y’a intérêt, car je fais passer pas mal d’entretiens de recrutement pour mon boulot, et pour les premiers, j’avais l’impression de passer moi-même un test d’anglais. Mais 80% de mes candidats sont indiens et chinois, et là j’ai quelques moments de solitude et dois faire preuve de créativité pour recoller les bouts. Arf. Eux doivent avoir la même problématique avec moi.

Bon, j’envie pas plus ma moitié. Avec son parfait accent British qui sent la pluie et le p’tit doigt levé, j’ai l’impression qu’elle les nargue, les ricains. Mais elle, c’est un choix. Une stratégie de résistance à l’ennemi. Maintenant, le syndrome de Stockholm commence à faire son effet et elle commence à céder au prononcé “chewing gum”. Y’a pas a dire, on n’est pas tous égaux question accent.

Donc mon accent va être le 1er angle d’attaque de ma progéniture. Ca va se transformer peu à peu en sentiment de gêne, voire de honte. Comme mes potes d’enfance d’origine maghrébine ou asiatique qui osaient à peine me présenter leurs parents qui parlaient pas ou mal français. Et moi je ferai comme ces parents qui conservaient leurs traditions d’origine, ce qui ajoutera à la honte.

Toujours à bouffer du pain, du fromage. A boire un expresso et pas de la lavasse. A exiger des gosses qu’ils mangent à table avec nous. A oser leur dire non et les engueuler. A leur faire des câlins et bisous. A lire mon Canard français même avec 2 semaines de retard. A privilégier un style lapidaire à leurs salutations ampoulées et remerciements circonvolutionnés.

Et tout ça se cumulera avec les objets de honte intergénérationnels classiques qui vont se succéder :

  • l’aspect physique ; déjà qu’on est considérés comme des vieux alors que pas quadras
  • la condition physique ; oui je souffle quand je joue au foot ; crétin va, tu verras plus tard !
  • les gouts musicaux ; mes oreilles saignent toujours à l’écoute des nouvelles voix pop trafiquées à l’auto-tune. Mais je travaille en douce pour éduquer les leurs.
  • la manière de danser ; ah non, moi j’échappe à ce problème 🙂 Mais je vois bien les dégâts autour de moi.
  • l’humour paternel qui parait hautement spirituel à 5 ans mais totalement débile ensuite
  • la manière de s’habiller ; là je repousse toujours les sandales en cuir, mais va bien arriver le moment ou je vais m’y mettre. Rho, misère.
  • l’embourgeoisement idéologique, politique, domestique
  • la vaisselle mal lavée ; pas grave, on voit moins bien
  • la propreté de la maison et du tas d’os grinçant drapé de peau fripée de plus en plus suspectes
  • l’incontinence
  • la boite de cendres sur la cheminée

Quand je serai plus là, il leur manquera, mon sale accent !

Moral d’expat

On a beau ne pas supporter toute tendance clanique ou communautaire, quand on s’expatrie, y’a rien à faire on est un expat’. Et on a beau se dire au départ qu’on ne fraiera qu’avec les indigènes, à la fin on se retrouve essentiellement avec des compatriotes. Même quand ils exhalent fromage et pinard, qu’ils sont crades et qu’ils font que râler. C’est ça les Frenchies de la Baie (pour les ricains).

C’est limite incontournable de partager des expériences qui sont forcément fortes les premiers temps, et d’essayer de comprendre comment ça fonctionne. Comme après des séances de plongée en pleine mer où t’en prends plein les mirettes, mais où tes échanges avec la population locale des mérous et crustacés manquent d’une certaine profondeur pour t’apporter une compréhension exhaustive du milieu. Tu remontes à la surface, tu reprends ton souffle, t’échanges avec tes potes pour mieux comprendre ou chercher de nouveaux bons plans, et tu replonges. Tu acquiers plus de souffle à chaque plongée pour probablement te retrouver avec une belle paire de branchies quand tu n’y fais plus gaffe.

Un truc intéressant qui circule entre expats (en plus du pinard, du fromage, de la crasse et des complaintes), c’est la courbe de Mc Cormick et Chapman (celle-là est une adaptation approximative, mais en français, qu’on trouve à droite à gauche) :

Courbe Mc Cormick / Chapman

Intuitivement, avant-même que le processus de relocation ne s’enclenche vraiment, je me faisais une idée proche de cette progression. Et sur place, je compte pas les expats qui m’ont dit que c’était bien ça. Résultat : que nenni.

Ma courbe personnelle est plutôt constante :

Courbe de moral du barbu

Je suis pas parti de bien haut contrairement à d’autres pour qui l’expatriation était une démarche volontaire voire un aboutissement, mais je pense pas avoir eu le moindre petit coup de blues depuis le début. Y’a tellement de bonnes choses attendues et surtout inattendues que le reste se fait vite oublier. Et 7 mois après, j’ai toujours l’impression d’être arrivé la veille et de tout avoir à découvrir. Chaque week-end se transforme en excursion à l’étranger. L’explication est peut-être liée à une digestion du nouveau rendue plus laborieuse par ma quarantaine narguante. Ou c’est syndrome du poisson rouge. Ou la félicité du simplet. Pas grave, je prends.

Pour ma madame qui a dû passer de Working Girl à Desperate Housewife dans un pays qui la faisait pas trop rêver, ça a été plus difficile:

Courbe de madame

Son road-trip d’ado dans le Texas et l’Arizona l’avait laissée perplexe sur le mode de vie des ricains. Mais elle a découvert que la Baie, c’était autre chose. Et a décrété la première que le point de mire de 2 ans qu’on s’était fixé devenait caduque. Bon, apparemment, sont pas très chics au niveau fringues et bijoux, d’accord (moi je vois pas le problème, ils ont un haut et un bas, enfin sauf dans certains quartiers de SF). Les relations avec les familles américaines toujours compliquées à appréhender, d’accord. L’éducation des enfants rois assez discutable, d’accord. Mais madame peut enfin reparler son anglais préféré (avec son accent British), ou son français enjolivé avec ses nouvelles copines, profiter du ciel bleu quasi continu, consacrer plus de temps pour ses affreux et pour elle, voyager, et même avoir des projets de reconversion professionnelle. Elle râle toujours, ce qui est bon signe, mais on sent que c’est plus pour garder le rythme et se préparer au retour en France.

Les modèles réduits sont pas nature pas très constants dans leur perception de la situation :

Courbe des affreux

Ils n’ont finalement pas vraiment réalisé ce qui se passait avant le départ. Ils comprenaient qu’ils ne reviendraient pas à l’école l’année prochaine, qu’ils ne reverraient plus leurs potos, mais la notion de durée restait floue. Un peu moins pour le fiston, mais l’argument d’aller habiter dans la patrie des Super-Héros fut imparable. On s’est de toute façon toujours dit qu’ils seraient les plus durs à faire retourner en France, on se prépare à devoir maintenir le contact avec leur pays d’origine. Ma fille m’appelle naturellement Daddy depuis plusieurs semaines (suite à une période de transition douloureuse pendant laquelle je devais répondre à Papy). Mon fils veut plus souvent jouer au foot américain ou au baseball qu’au vrai foot. Mais ils ont souvent eu des coups des blues au sujet de leur maison, des chats, des potes, de la famille. Il semble qu’on entame maintenant une nouvelle période d’enracinement.

Bon, Mc Cormick et son pote me pardonneront de pas avoir été plus loin que leur courbe, leur travail est surement plus intéressant que ça. Mais quand le message est délivré comme la parole sacrée comme je l’ai constaté plusieurs fois, c’est hérisse-poilant. Du même acabit qu’un horoscope : ça ratisse tellement large que chacun peut s’y retrouver.

Après, c’est comme une courbe de taux monétaire, le facteur zoom / bornes temporelles est déterminant. Dans 2 ans, peut-être que chacune de nos courbes actuelle s’appliquera à un petit bout de la courbe théorique. Mouais.

Météorite, baleines et Super Bowl

P1030822Par un rude matin de samedi hivernal dont les 26°C (79°F) et le bleu immaculé du ciel ne nous décourageaient guère, nous partîmes avec marmaille, sandwiches et entrain bien qu’en voiture respirer l’air marin. Cap sur la péninsule de Point Reyes, à une heure au nord-ouest de San Francisco et de nos pentes berkeleynes.

Traversée de la baie via le pont de Richmond dont je ne me lasse toujours pas. Puis de petites villes à l’architecture paresseuse mais bien vivantes. Avant d’atteindre des forêts scandinaves puis des collines irlandaises. Pour enfin arriver à l’entrée de Point Reyes. Encore une demi-heure sur l’unique route qui serpente le parc entre les ranchs épars et les vaches noires qui mâchonnent à l’américaine face à l’océan.

Météorite

P1030832Arrivés à la plage de South Beach, avec des vagues qui épouvanteraient ma pauvre mère, on marque notre territoire par un pique-nique encore peu mérité. Ou par une pause-pipi pour les plus primaires d’entre nous.

Cul trônant sur un tronc d’arbre et yeux scrutant naïvement et désespérément queues et jets de baleines au large, ma contemplativité légendaire se voit alors récompensée par un phénomène assez extraordinaire.

A ce qui nous semble quelques centaines de mètres à peine, un objet fend soudainement le ciel pour se jeter vers l’océan. J’ai tout juste le temps de prévenir la troupe via une interjection qui brille probablement par son esprit que cet OVNI prend feu puis disparaît au bout de 3 /4 secondes, à quelques dizaines de mètres au-dessus de l’océan.

Ouais je sais, cette infographie, bien que réalisée avec goût et subtilité, fait plus rire qu'autre chose.
Ouais je sais, cette infographie, bien que réalisée avec subtilité, fait plus rire qu’autre chose.

Court, mais si proche et clairement visible qu’on en a tous bien profité. On pense d’abord à une étoile filante avant de réaliser qu’on a bien assisté tous les 4 à une chute de météorite ! Notre apathéisme viscéral nous empêche toute interprétation mystique, mais on est sous le choc un moment. Le lendemain, le site de l’American Meteor Society nous confirmera qu’on n’a pas été victimes d’une hallucination collective, l’événement ayant été rapporté par une bonne cinquantaine de personnes.

Baleines

Bon, on peut rentrer et se coucher heureux, mais on est là pour les baleines. J’ai beau être sûr d’avoir vu des grosses bêtes sortir plusieurs fois de l’eau, c’était à 50m de la plage, donc on reste circonspect.

P1030840On se dirige vers le phare situé à l’extrémité de la péninsule, dans une navette qui circule sur une portion de route interdite aux voitures lors de cette période de reproduction des éléphants de mer. Puis une magnifique petite marche en bord de côte. On scrute toujours les baleines, avec l’impression d’en voir de partout, tels des Haddocks hallucinant sur leur bouteille de whisky en plein Sahara.

Descente des 308 marches d’escalier pour visiter le phare. On a beau aimer la solitude, là on se dit que ça doit être beaucoup. Un collègue, même con, ça reste un collègue quand-même. On voit aussi un panneau indiquant que 30 baleines ont été observées hier, c’est bien le diable si on en chope pas une !?

Et puis finalement, tout le monde à les jumelles braquées sur une même direction. On suit et on voit enfin les jets. Et des bouts de baleines qui vont avec. Bon, faut pas s’exciter, on lui tape pas la bise à la baleine, mais ça reste impressionnant. Imaginer ces monstres évoluer à quelques dizaines de mètres de nous. Et qui frayent avec les gros requins blancs. Brrr, je prends pas de douche ce soir !

Super Bowl

Le 1er dimanche de février consacre l’événement médiatique et anecdotiquement sportif de l’année ici : la finale de foot américain. La prise d’antenne commence vers 10h, le match vers 15h30, et ça dure 4h : 1h de match entrecoupé de 20 minutes de concert à la mi-temps et plus de 2h30 de pub. Jusqu’à 120 millions de téléspectateurs américains, 4.5$ millions les 30s de pub.

Comme souvent ici, tout se joue sur l’épat et la démesure. Katy Perry a beau être un peu loin de ton panthéon personnel, le show reste impressionnant. Pareil pour les pubs, même si ta beau être largué au niveau des références culturelles.

Bon, quand-bien même le match est intéressant (ce qui fût le cas ici), c’est chaud pour maintenir l’intensité sportive. Nos supporters de foot doivent passer pour des intellos pour suivre le même truc 2 * 45 minutes ininterrompues.

Au fait les ricains, quand est-ce qu’on arrête avec cette blague ?

Football / Soccer

 

Driver on the storm

Ca fait quelques jours qu’on nous annonce l’Apocalypse sur la Baie. Après 3 mois de ciel bleu et 3 grosses années de sécheresse, on a régulièrement ces dernières semaines quelques nuages et quelques gouttes. Bon, toujours avec une température de 18-20 C°.

Mais là les journaux annonçaient une tempête venant du Pacifique sur la Californie. La plus grosse depuis 5 ans. Avec tempête de neige au nord, vents violents et pluie torrentielles ici. Et risque de glissements de terrain qui réjouit guère les troglodytes que nous sommes dans notre maison qui épouse déjà bien la pente.

Gros titres des médias tous ces derniers jours, écoles fermées ce jeudi et beaucoup de boites qui demandent à leurs employés de rester à la maison.

Brrr.

Et c’est ce jour que j’ai choisi y’a 3 semaines pour passer mon permis de conduire.

Facepalm

Après une nuit tourmentée par des vents qui montent en puissance, me v’là parti pour le DMV, le centre pour passer le permis de conduire. Je prévois large et je fais bien. La pluie est impressionnante, mais pas monstrueuse non plus. Les vents sont limités a 60-70 km/h. Pourtant, les rues sont jonchées de branches et traversées par les torrents qui déferlent du haut de la colline ; à certains endroits, elles sont impraticable à cause de bouches d’égouts qui se transforment en geysers.

La pluie est tellement peu courante ici que rien ne semble prévu pour.

J’arrive au DMV, désert par rapport au mois dernier quand j’ai passé le code. L’examen dure 20 minutes. Le mec prend son temps pour vérifier l’état de la caisse avant de monter, on le comprend. Car ici tu passes l’examen avec ta propre voiture. Et la seule condition préalable est que tu aies passé ton code avant. Tu le passes pas les doigts dans le nez, mais c’est pas un niveau prépa non plus. Et ça te donne un permis de conduire temporaire. Notre bonne blague du permis reçu dans une pochette surprise doit pas trop marcher ici.

Je résiste à mon envie provocante de lui raconter la première fois que j’ai conduit une voiture en France et que j’ai eu un accident avec mon instructeur. Ca je le dis à mes passagers que quand j’ai pas envie de conduire. Ou de les conduire.

L’examen de conduite est cool car on reste en bas de la colline où les routes sont plus praticables. Ca doit durer 10 minutes à faire le bon élève à marquer les stops et mâter ses rétroviseurs. Ici, la manoeuvre consiste à faire une marche-arrière en longeant le trottoir. Le truc mis en avant ici, c’est de montrer qu’on conduit sagement. Pas de pièges comme nos tordus d’inspecteurs français peuvent en proposer. En même temps ça rassure pas sur le niveau de conduite général.

La conduite est vachement reposante ici. Déjà, y’a la voiture automatique qui fait passer pour des retardés pervers tous ceux qui tripotent leur boite manuelle. Les limites de vitesse sont plus basses (40 km/h en ville, 104 km/h sur autoroute), y’a plein de stops qui remplacent les priorités à droites, et surtout y’a plein de piétons partout auxquels faut toujours faire gaffe.

Une fois rentrés au DMV, il me remet ma feuille d’évaluation positive, et c’est fini. Dernière étape de notre relocation franchie !

Toys toys toys

Une télé, une table, un canapé ça se rachète. En meilleur état ou de meilleure qualité quand les finances le permettent. Une peluche poussiéreuse, un doudou à l’odeur suspecte, une poupée démembrée, c’est plus compliqué. Surtout pour des versions 4 et 7 pommes qui n’ont pas compris ce qu’il leur arrivait dans ce projet d’expatriation (la 4-pommes n’arrivant pas à se défaire de l’idée qu’on repartait à “Franquico” au Sénégal). Alors on allait pas les dépouiller au passage.

Donc on a embarqué 3/4 des jouets. Et on avait si peu réalisé qu’on allait récupérer tout ça à destination…

Aperçu du champ de bataille
Aperçu du champ de bataille et de l’amour d’une fille pour un ours

Au moins c’est arrivé. 3 mois pile au lieu du mois prévu, des champions ces déménageurs d’Interdean. Pas vu que le port de L.A. était congestionné depuis le début d’année, pas trouvé un camion pour livrer notre conteneur en moins de 3 semaines, des dates de livraison foireuses à 3 semaines près, une communication famélique, le gratin du déménagement quoi.

On a frôlé le meurtre au stylo bille quand ils nous ont demandé où poser les 2 canapés (alors qu’on en n’avait qu’un !) et qu’ils ont commencé à sortir des colis qui ne nous appartenaient pas. La madame Claire E. à qui ça appartient doit être aussi contente de son déménagement du Japon, tiens. Heureusement, tous nos cartons étaient finalement là. 178. Scrupuleusement cochés dans l’inventaire. Pas de casse ou presque, quelque visserie rouillée dans des meubles Ikea. 3 mois dans des conteneurs chaud et humides ça fait son effet.

Heureusement, les 3 déménageurs sont des crèmes. Du genre gros bras de qui on reluque pas la soeur. Mais appliqués, consciencieux. Un si bon boulot qu’on a finalement craqué pour un bon pourboire alors qu’on s’était interdit de le faire vu cette catastrophe de déménagement. Mais ces gonzes n’y sont pour rien. Des mexicains évidemment. Le melting-pot, ici aussi c’est sur le papier. North Berkeley, c’est des maisons de blancs ; les mexicains qu’on voit, c’est les jardiniers qui viennent le week-end. Ou ceux qui déménagent, donc. Pour rester dans la caricature, les asiatiques semblent cantonnés (oui je fatigue) aux boutiques ou à la fac. Les noirs sont relégués sur certains quartiers d’Oakland, au sud de Berkeley, et représentent la majorité des laissés-pour-compte errant dans les rues. L’état d’esprit reste plus ouvert qu’en France, ça cohabite bien, mais c’est donc pas non plus le grand mélange. Sauf à l’école, on vous en reparlera plus tard. Mais je digresse.

A l’école on a d’ailleurs récupéré notre mam’zelle avec son gros nounours tant attendu. Son étonnement et sa joie auraient suffi à réjouir tous les pauvres hères d’Oakland. Le p’tit homme lorgnait surtout sur ses voitures télécommandées, qui nous ont chauffé les oreilles toute la soirée.

Mais mes oreilles revivent. 3 mois à écouter du son sortant d’une mini enceinte bluetooth, c’est dur. L’installation Hi-Fi rebranchée, une rare sensation de plénitude m’envahit, genre truc à la con de renaissance mystique… Véridique. Ahhh… A cet instant, je pourrais écouter n’importe quelle merde avec du bon son. Mais reste encore assez de présence d’esprit pour choisir un truc du type indiscutable (spéciale dédicace à Jo-Lind et Matar !)…

      Xalam-Kanu-2.mp3

Une bonne semaine de rangement plus tard, on se sent enfin presqu’installés. Encore des trucs à meubler, mais on y est presque. A nous maintenant de rendre toutes les invitations dont on a profité jusque là !

NB : le titre est évidemment une référence hautement culturelle réservée à une certaine élite. Sabrina tu nous manques.

Chasse à la japonaise

A défaut de pouvoir emménager la maison (27 jours maintenant que le container est bloqué au port), on est parti à la chasse à la voiture. On avait tellement entendu de galères à ce sujet qu’on avait pris le temps de se préparer psychologiquement. Et financièrement, aussi. Samedi dernier on était prêt.

Le marché

Les japonais dominent le marché. La voiture phare ici, c’est la Toyota Prius. Notamment le modèle hybride (essence / électricité), pas trop cher à l’achat, encore moins à l’usage (déjà que l’essence est pas chère, ~1$ le litre). Beaucoup de Toyota donc, Honda, Subaru, Nissan, Mazda, mais aussi quelques américaines comme Ford ou Chevrolet. Aussi quelques Mercedes, BMW, ou Audi. Evidemment pas de françaises, pas assez tape-à-l’oeil ici.

Honda CR-VLa catégorisation des voitures est aussi totalement différente, pas simple de s’y retrouver au début. Surtout quand on y connait rien à la base. On est rapidement parti sur un modèle de SUV (Sport Utility Vehicle) pour être au confort dans nos escapades, de marque japonaise pour le rapport qualité/prix, et neuf pour la tranquillité, sachant qu’on n’est là à priori que pour 2 ans. Ce sera donc un Honda CR-V.

Repérages

Premier rendez-vous au concessionnaire Honda de Berkeley. Bonne surprise avec un vendeur plutôt agréable, Rezaul. Etudiant le jour, vendeur de bagnoles le soir et le week-end. Donc moins empreint des affres du vendeur-né. Le mec bien qui cherche à bien faire son job mais qui est pas passionné non plus.

On essaie la voiture, coup de foudre pour Madame qui sera la conductrice principale. Cool.

Passage au bureau pour discuter prix et comprendre comment ça marche. Comme partout ici, les prix affichés sont hors-taxes. Que ceux qui sont persuadés que c’est le paradis fiscal aux US déchantent. Ca dépend de chaque Etat, mais en Californie on tourne autour de 10% de taxes. Et les prix sont toujours affichés hors taxes. Et pour une voiture, faut aussi intégrer des frais spécifiques, comme des frais d’immatriculation, voire des inventions loufoques des concessionnaires pour se garantir leur marge (e.g. : frais de documentation !?).

Le point positif, c’est qu’on peut toujours savoir le prix OTD (Out of The Door), soit le prix définitif, tout compris et hors surprise.

Bon, Rezaul nous fait gentiment le coup de la remise sur un prix surestimé qui remet le prix final au prix de base. Réduction limitée à ce jour bien sûr. OK, on se rappelle et on se fait une bouffe, hein ?

2ème concessionnaire à El Cerrito. Mehdi, d’origine iranienne, bonne soixantaine, plus roublard mais encore très sympa, qui respire la sagesse. On a beau lui dire qu’on sait le modèle qu’on veut, faut qui nous le vende quand-même. Soit.

Passage au bureau. Même type de négociation, même prix au final. Allez, on se rappelle et on se fait une bouffe.

3ème concessionnaire sur Oakland. Aïe, un vrai. Un ancien militaire en plus. Concessionnaire, américain et militaire, ça fait beaucoup pour un seul homme. C’est trop pour nous en tout cas. Surtout avec le coup du “dites-moi-votre-prix-et-je-vais-voir-ce-que-je-peux-faire”. On se rappelle et on fait une bouffe.

Petit tour sur le Net pour voir maintenant les plans pour descendre les prix efficacement. Edmunds.com. Un site spécialisé dans les bagnoles qui propose notamment des grosses réductions avec certains partenaires, genre 10%. Trop beau pour être vrai, mais on essaie quand-même, les retours ont l’air finalement positifs.

Finalisation

On retourne le lendemain à El Cerrito. Un petit jeune nous saute dessus, Kevin. Mehdi nous a vu trop tard, plus assez rapide à son âge. Ou assez malin pour prévoir la suite. Kevin est pathétique. Devant l’offre qu’on lui présente, il monte un argumentaire ridicule en faisant gonfler le prix de base alors qu’on l’avait validé la veille, et en incluant des trucs qu’on demande pas, genre une alarme. Sûrement dérouté par notre comportement un peu trop cash pour un américain, il laisse finalement sa place à plus expérimenté. Mehdi est plus subtil, la négociation commence et arrive à un point intéressant. Petite déception de son côté quand on indique qu’il faut qu’on vire l’argent ! Ca nous permet aussi de faire reposer l’affaire.

En parallèle, on reçoit une offre d’un concessionnaire plus éloigné, sur Concord. Qui casse le prix. On s’en sert comme lièvre pour relancer tous les autres. Et là, chacun joue pour soi pour pas perdre le deal. Après 2 jours de mails et de coups de téléphones où l’un pleure quasiment auprès de Madame, on choisit de conclure avec Mehdi. On est tombé au final sur un prix OTD bien inférieur aux prix hors-taxes, et 2 des 4 concessionnaires se couchent.

Un peu méfiants quand-même avant d’y aller, notamment sur le respect du prix annoncé, tout se passe finalement très bien. Le stylo pas très rassuré aussi au moment de signer, car il nous reste un seul chèque, et la manière de les remplir est particulière. Après 1h30 de paperasserie, on repart avec la voiture. Madame va pouvoir étrenner son permis américain qu’elle vient de gagner fièrement 3 jours auparavant !

La famille est équipée. Les enfants leur vélo. Madame sa voiture. Monsieur sa trottinette.

Furie des retrouvailles

Onze jours déjà que “Gros Nounours” prolonge sa virée à L.A. avec ses buddies poilus et ses barbies imberbes, enfermés nuits et jours dans la moiteur du port au son des cargos geignants et des grues grinçantes, à l’affut des douaniers indigènes avides de drogue et d’alcool.

Le retour au bercail s’annonce cinglant. A peine sortis du camion qu’ils subiront des étreintes épileptiques d’enfants en détresse.  Le trampoline piétiné avec furie. Les skateboards et trottinettes dévalant avec effroi les pentes de Berkeley Hills. Les marionnettes et masques pendus aux quatre coins de la maison. Les enceintes crachant tous les watts perdus lors du voyage. Les couteaux tranchant des chairs bovines ou saumoneuses. Les verres de vin noyés dans le raisin californien.

Quelques jours encore…