Road trip 2015 – Partie 3

Troisième partie du road trip de cette été (Partie 1Partie 2). Qu’est ce que je tartine…

Cody (Wyoming)

On avait fait déjà fait une courte visite dans une ville de cowboys vers le mont Rushmore, Deadwood (celle dont est inspirée la série TV de HBO), qui nous avait un peu laissé sur notre faim. Cody fait aussi partie de ces villes qui ont conservé leur ambiance far-west. Située à la porte ouest de Yellowstone, elle se prête bien au tourisme : belles baraques en bois d’époque, musée, magasins, restos. Elle est aussi célèbre car fondée par la star de l’époque, Buffalo Bill (Cody était son nom de famille).

On serait bien restés plus qu’une soirée. On a juste eu le temps de se faire un resto. Evidemment, à 21h on se prend des râteaux de partout, malgré les mines implorantes et affamées de gosses qui servent parfois à quelque chose. Un gros hôtel-resto d’époque nous a finalement acceptés, et on a compris qu’on était dans l’enseigne mythique du coin, l’Irma Hotel, fondé par Buffalo Bill et classé monument historique (enfin l’équivalent ici). Sacrée bonn surprise. Bon, on y retournera pas spécialement pour la bouffe, mais pour le décor d’époque qui offre un retour dans le temps assez magique.

Yellowstone National Park

L’inculte que je suis n’avait jamais entendu parler de Yellowstone avant que Madame ne le suggère comme destination de ce voyage. Faut dire que celui-là est à 2/3 jours de route au nord des parcs de l’Ouest les plus connus et que peu de gens visitent. Il est pourtant unique par pleins d’aspects :

  • premier parc national aux Etats-Unis et même au monde !
  • 9000 km², plus grand que la Corse
  • concentration des deux tiers des geysers au monde
  • plus grande diversité animale du pays : bisons (plus grand troupeau au monde), ours noirs, grizzlis, pumas, loups, coyotes, cerfs, élans, wapitis, mouflons, etc.
  • altitude moyenne de 2400 m (qui augmenterait de 8 cm par an)
  • plus grand lac de montagne du continent

Mais le plus incroyable est qu’il fait office de couvercle de cocotte-minute au plus gros volcan du continent ! Ça fume et ça bouille de partout, ça sent le soufre, mais ce n’est que dans les années 60 que les scientifiques s’en sont rendu compte ! Qu’ils aient pu ici inventer les règles du baseball reste décidément un mystère.

Aussi, la croûte terrestre est hyper fine, le magma est à moins de 10km de profondeur (ailleurs, la croûte terrestre fait 30km en moyenne). Et pour finir sur le côté dantesque, l’activité volcanique s’intensifie ces dernières années, certaines parties du parc sont fermées et ça risque de tout péter incessamment (incessamment à l’échelle de la Terre, mais ça pimente toujours l’expérience).

Topologie et paysages

Yellowstone, c’est 80% de forêt, essentiellement des résineux. Mais aussi un immense lac, des rivières magnifiques, des beaux plateaux, un grand canyon, des montagnes (ça monte à plus de 3000m), et surtout plein de zones zarbes qui vous font douter que vous êtes toujours sur Terre.

D’immenses incendies ont tout chamboulé en 1988, détruisant un tiers du parc et laissant encore des vues dignes de Mordor. Mais ce qui a donné lieu à un psychodrame national à l’époque est maintenant considéré comme un coup de la providence, régénérant la végétation et laissant un peu plus de place à d’autres espèces bouffées par les pins locaux. Rien n’a été replanté, tout repousse plus ou moins vite.

P1070126Yellowstone doit son nom à la couleur de la roche qui borde sa rivière. Avant, les trappeurs français appelaient le lieu “Roche Jaune” et encore avant, les indiens “Mi tse a-da-zi”. Donc y’a pas à tortiller, c’est bien jaune et, avec du soleil, la vue sur le Grand Canyon est vraiment somptueuse

 

P1070123 Le parc est accessible par une unique route qui forme une double-boucle en 8 desservant 5/6 “villages” et toutes les attractions principales. Les hébergements et les commerces sont tous regroupés dans ces villages, ce qui préserve vraiment le côté naturel du parc. On met facilement 1h – 1h30 quand on navigue entre 2 lieux, surtout quand les bisons règlent la circulation (voir plus loin), et que les appareils photos demandent à sortir. Car la route est ponctuée de coins pour s’arrêter.

La visite du parc est conseillée entre avril et octobre. En dehors de cette période, faut venir avec optimisme et chaines, car encore une fois, on est en montagne. Des routes sont fermées alors que y’en a déjà pas beaucoup, pareil pour l’hébergement.

Les animaux

Yellowstone a un côté zoo ouvert, mais où le touriste serait le captif et l’animal le visiteur curieux. Les animaux sont libres, le parc n’est pas fermé pour eux et il n’y a aucune mesure de protection mise en place sur les routes et les villages. Les plus de 300 rangers du parc sont surtout là pour s’assurer que les touristes fichent la paix à la faune. Le Routard explique qu’en 2012, un mâle wapiti en rut probablement un peu frustré à dézingué méthodiquement 78 voitures de touristes pendant 3 semaines sans que personne n’intervienne.

Les animaux se baladent tous à la cool, du coup les touristes s’approchent pour s’adonner à leur débileries de selfies et se font charger, terminant leur séjour à l’hosto ou au cimetière. Les bisons sont environ 5000 dans le parc, ils tuent plus que les ours. Des règles précises encadrent pourtant l’approche des animaux : en gros 100m pour les caïds (ours, loups) et 25m pour tous les autres gros modèles (bisons, cerfs, etc.). Le parc rassure en disant qu’ici, on meurt plus souvent sur la route, en se suicidant ou en tombant dans un bain d’acide. On se sent tout de suite mieux.

N’empêche que 3 jours avant qu’on arrive, un mec s’est fait mastiquer par une femelle grizzly, qui a voulu protéger son petit. Ils ont capturé l’ours et l’ont zigouillé au grand dam des rangers qui ont protesté que c’était une réaction naturelle. Mais la direction du parc a répondu que c’était risqué économiquement parlant vis à vis des touristes, donc couic pour la maman et zoo pour la progéniture.

Du coup on n’a pas fait les fanfarons lors des balades. La bombe anti-ours était l’accessoire à la mode. J’ai du mal à me dire que face à un monstre de muscles qui doit terroriser par air de barge, son bruit et son odeur, je sois en capacité de faire autre chose que de me pisser dessus dans une telle situation, mais contrairement aux ricains, ma maman ne m’a pas élevé en mode sauveur-du-monde. Ma stratégie moi, c’était de faire la papa protecteur qui garde ses rejetons pas trop loin et qui les jetterais dans les pattes de l’ours à son arrivée.

Donc on était à l’affut de gros poil toute la journée. Le bison, c’est dur de pas en voir. Il se prélasse en troupeau au bord de la route, et quand il veut faire marrer ses potes, il se met sur la route en mode “je suis chez moi, je fais ce que je veux et je t’emmerde”, causant des bouchons de plusieurs centaines de mètres. Tu le maudis, mais quand il passe devant ta voiture te zieutant du coin de l’oeil, tu lui fais un gentil sourire.

P1080219

Un pronghorn (antilope)
Un pronghorn (antilope)

Les biches, on pourrait être un peu blasé à Berkeley, où on les voit souvent dans la rue. Mais là y’a aussi des cerfs, des élans, des wapitis. On en a vu quelques uns de loin… et on était content de les voir de loin dans leur milieu à eux.

P1080211Evidemment, celui que toute la famille scrutait à longueur de journée, c’était l’ours, version ours noir ou grizzli. On est reparti le dernier jour la queue basse, mais sur la route du retour, on a fini par en voir un, plusieurs minutes et pas loin. Notre cote de confiance est remontée vis à vis des enfants, l’ours ayant été notre carotte pour chaque escapade. Un mois plus tard, ils nous en parlent encore comme de leur plus beau souvenir.

 

Et puis y’a les chipmunks. Une variété locale de petit écureuil mignons tout plein, qui débaroulent dans tous les sens lors des balades. Comme nos “fox squirrels” d’ici, mais encore plus mignons, le genre de petites bêtes dont ne se lasse jamais la petite famille, et qui nous fait tous prendre un air de furieux demeurés qu’à moitié assumé. Je me souviens encore avec émotion d’un beau petit spécimen en bordure de forêt avec ses yeux rieurs et pétillants, fier de montrer sa vitesse de course et sa connaissance du terrain, qui a croisé notre voiture et qui nous a laissé comme dernière image une queue frétillante sur une crêpe de sang collée au bitume. Snif, rest in peace, bro.

Les touristes

Yellowstone a ceci de particulier par rapport à d’autres parcs que toutes les attractions principales sont pratiquement accessibles en fauteuil roulant. Du coup, la population touristique est plus dense et plus variée comparées aux premiers parcs visités lors du voyage.

On se retrouve vite noyé par une vague de japonais ou de chinois versée par un car dont le chauffeur fait un tour du parking avant de récupérer sa marchandise. Les gus prennent juste le temps de taper leur selfie devant la première attraction et ta tronche qui rumine contre le coup de portable qu’elle vient de se prendre. Mais tu vas 100m plus loin et t’es tranquille. Tu trouves encore quelques indiens qui te font honte tellement ils sont eux bien sapés, des américains avec des discussions existentielles pour savoir si leurs boules de glace de 11h étaient meilleures que celles de 10h voire que celles de 9h, des canadiens dont tu comprends qu’ils parlaient français qu’une fois partis, et des allemands qui te foutent la frousse dès qu’ils te disent bonjour. Les français, tu les découvres plus loin dans les balades, repérables par la petite engueulade de famille, le père Décathlon à la calvitie et à la bedaine naissantes, et la mère en imitation Desigual bossue comme un C. Qu’est ce qu’elles doivent se marrer, les bêtes à voir défiler tout ce beau monde !

Les volcaneries

Yellowstone est donc sur un volcan, ça se voit, se sent, et s’entend. Ça fume, ça sent l’oeuf pourri et ça bouillonne. Impossible à louper en voiture, d’où on voit régulièrement des fumées sortir ici et là, mais les visites à pied des zones aménagées sont évidemment le clou du parc. Certaines offrent juste un ou deux points de vue et demandent 10 minutes. D’autres sont des immenses étendues (10km2 pour l’Upper Geyser Basin) avec des centaines d’attractions où on passe facilement la journée en arpentant des chemins en bois qui évitent de perdre un pied dans un bain d’acide.

 

Oui, car tout ça est vraiment mignon, mais sent aussi un peu l’hostilité. Les grosses bouffées de chaleur humide, les odeurs de soufre et d’acide, les sources qui bouillonnent à haute température, les bains d’acides… Ça trépasse sévère dans les environs. Y’a mêmes des bouquins spécialisés sur ceux qui ont terminé leur visite ici. Mais ça peut valoir le coup, par exemple, la Belgian Pool tire son nom de la mort d’un visiteur belge dans cette source chaude. Mais comptez-plus sur nous pour nous moquer des belges maintenant qu’on vit au milieu des américains.

Et c’est quoi concrètement ces volcaneries ?

Les Geysers

P1070282Le parc concentre les 2/3 des geysers au monde, y’en a 180 sur la seule zone de l’Upper Geyser Basin. De toutes tailles, du petit vigoureux d’1m au géant de 60m. Ceux qui font un jet tout propre tout droit, et ceux qui crachent de partout. Ceux qui jouent la durée avec plusieurs minutes d’éruption et ceux qui jaillissent par soubresauts.

Le truc important pour le visiteur, c’est la prédictibilité. Certains geysers ne se sont pas réveillés depuis plusieurs années et les spécialistes ne savent pas prévoir la prochaine éruptions. D’autres sont réglés au métronome. Par exemple le plus connu, le Old Faithful, jaillit toutes les heures. Certains, c’est toutes les 10h, mais à 2h près. Donc le facteur chance est important pour bien profiter des lieux. Mais on peut aussi planifier ses visites avec les prévisions du parc.

P1070430La chance nous faisant pas trop défaut ces derniers temps, on en a vu un paquet, dont notamment le Grand Geyser, qui s’active toutes les 7h et peut monter à 60m. Les gens peuvent attendre 2h pour celui-là (on a attendu 45 min), mais attendre avec les américains, c’est sympa et le plaisir est d’autant plus grand ensuite, ça applaudit à chaque haut jaillissement !

On avait déjà vu un geyser en Californie, ceux-là sont évidemment plus impressionnants par leur taille et leur nombre, mais c’est pas le truc qui nous a emballé le plus ici.

Les piscines

Les sources chaudes (Hot Springs) sont incroyables. Certaines sont aussi appelées piscines (pools), ce qui n’est pas très prudent quand on accueille des visiteurs belges, on l’a vu. Mais c’est vrai que la transparence et la profondeur de ces petits et grands bassins sont hypnotisantes et donnent envie de plonger. Le mélange des couleurs – jaunes, oranges, rouges, verts, bleus – est vraiment exceptionnel. Et ce sont des couleurs vivantes, elles proviennent de bactéries et évoluent donc selon le temps.

 

La fameuse Belgian Pool, dont certains mauvais esprits avancent qu'elle sentirait la frite moisie
Le fameux Belgian Pool, dont certains mauvais esprits avancent qu’il sentirait la frite moisie

Les fumeroles

Partout dans le parc on peut voir, sentir et entendre des fumées qui sortent d’on ne sait où. Elles préfigurent parfois un geyser, mais rarement. L’odeur et la chaleur sont difficilement supportables au début, mais on s’y habitue. Sauf mademoiselle qui a développé peu à peu une peur panique à la vue de la moindre fumée, et qu’on devait motiver pour un sprint à chaque fois qu’on traversait des grosses fumeroles.

Les bruits sont aussi assez incroyables, on entend Hadès nous murmurer des trucs des profondeurs qu’on n’a pas envie d’entendre. Le premier qu’on a visité s’appelle Dragon Mouth’s Spring, y’avait pas de doutes sur le nom.

Les mare de boue

P1070730Ça fait pas rêver sur le papier, mais voir des bassins de boue bouillonner reste aussi superbe. Et toujours des bruits, avec inspiration Rabbi Jacob dans ce cas.

 

P1070671

Les terrasses de travertin

Au nord du parc, à Mammoth Hot Springs, se trouve un phénomène assez unique : un ensemble de terrasses naturelles en travertin (oui, celui du carrelage italien), avec encore des couleurs encore incroyables et qui varient au jour le jour, selon le temps et l’humidité.

 

Notre séjour

On a eu la chance de dégotter une chambre au milieu du parc (Canyon Village), dans un hôtel (“Lodge”) tout juste construit. Même au centre du parc, se rendre aux différents points peut prendre 1h – 1h30, donc le lieu d’hébergement est déterminant quand on visite ce parc. Surtout que la file d’attente aux péages d’entrée ponctionne d’autant plus le temps disponible quand on loge à l’extérieur. Mais c’est pas le même budget, le premier prix en hôtel (“Cabin”) est à 200$ pour 4 sur Canyon Village.

P1070895

Y’a ensuite tellement de choses à voir à différents endroits que faut être organisés pour bien en profiter. On a passé 4 jours pleins, avec des journées 9h-18h avec enfants, ça nous a semblé parfait pour avoir un aperçu général : on a visité tous les coins les plus connus en prenant notre temps (5h pour la zone principale d’Upper Geyser Basin). Mais avec quelques jours de plus, on aurait pu faire des sentiers de randonnées et gentiment se faire bouffer par des ours ou encorner par des bisons, ce qu’on aurait bien essayé quand-même.

Question papilles on oublie, mais l’offre reste variée et accessible : supermarchés, fast-foods, cafétérias, restaurants. Comme dans tous les parcs à ours, y’a toujours une attention particulière liée à la bouffe, qui a tendance à attirer ces grosses bêtes et leur faire des choses qui dépassent la bienséance. On a toujours le droit aux photos de voitures défoncées par un ours, ou à la chambre visitée, et généralement, on suit les règles pour éviter les mêmes mésaventures.

En conclusion sur Yellowstone, on en a vues des belles choses dans notre courte vie, mais autant et aussi variées dans un même lieu, jamais.


Le voyage se termine presque, mais probablement l’attention de ceux qui sont arrivés jusque là aussi, donc la suite au prochain épisode, hein ?

Les photos (ensemble du voyage) sont toujours au même endroit (mot de passe requis), mais on a aussi rajouté des vidéos maintenant :

[Contenu privé, veuillez saisir le mot de passe (ou demandez-le à contact@ricanologie.com)]

Road trip 2015 – Partie 2

Deuxième partie du road trip de cet été.

Colorado – Nebraska

On quitte le Colorado National Monument pour rejoindre l’extrême est du voyage, en traversant tout le Colorado. On ignore Denver. Globalement, y’a quand-même peu de villes qui font rêver dans ce pays.

7h de route qui se termine avec une petite frayeur côté essence, où on arrive sur la réserve avec seulement 8 miles d’autonomie (13km) et quelques poils blancs en plus. Ça, ça m’arrivera plus ça. C’est sûr.

Nebraska – South Dakota

On remonte maintenant en traversant le Nebraska où on ne fera qu’une halte, dans un site perdu mais assez fascinant, Carhenge. Encore un projet dément d’un mec seul dans son coin, fait y’a presque trente ans. Lui son truc, c’est juste de planter des voitures dans la terre et faire une réplique de Stonehenge.

P1060659

 

Ce qui s’annonçait juste rigolo s’est avéré magnifique. L’endroit est aussi hyper calme et perdu, propice pour une pause artistique sans la foule des musées. Pas mercantile non plus, pas (encore) d’entrée payante. J’ai appris après que le site a été mis en vente 300 000$ en 2011 ! C’est descendu à 200 000$ et ils ont pas trouvé preneur. Du coup c’est le bled du coin qui s’en occupe. Tout ça me parait fou.

On repart ensuite plein nord pour le South Dakota, avec quasi personne sur la route.

Mount Rushmore

On a tous des lubies, nous on savait depuis le début qu’on voulait aller voir le mont Rushmore. Moi j’avais découvert ça gamin dans La Mort au trousses, Madame elle se souvient plus comment, mais ça nous fascinait. C’est loin de notre baie, perdu dans l’Amérique profonde, et c’est juste des têtes de présidents américains, mais c’est encore un des signes de démesure dont on n’a pas l’habitude. Et malgré un temps chafouin, on n’a pas été déçu !

Non seulement le résultat final est monumental, mais y’a de l’émotion. Par l’histoire, déjà. Un historien qui convainc un sculpteur de faire ce truc de malade pour attirer les touristes. Bon le sculpteur fait pas tout avec son burin et son marteau, il touche des fonds et fait bosser 400 mecs. Le musée montre comment c’étaient des orfèvres de la dynamite et du marteau burineur à air pneumatique (c’est fou de voir l’importance de la dynamite dans ce pays, Lucky Luke exagérait pas). Mais c’est un projet d’une vie pour le sculpteur. Et ça reste en famille, le fils reprend l’affaire quand le père meurt à quelques mois de la fin. Tout aura était fait entre 1927 et 1941.

Et ça a vraiment une dimension artistique. La disposition est vraiment chouette. C’est pas celle qu’ils avaient imaginé au début, Jefferson (le 2ème en partant de la gauche) devait être tout à gauche, mais la roche en a décidé autrement et ils ont du le refaire à côté. Aussi, de près, l’exécution est impressionnante, avec un travail fin sur les yeux ou les lunettes. Pour ceux qui viendront pas sur place, je recommande Google Street View où on peut se balader virtuellement sur les lieux.

Et le lieu vaut aussi pour l’ambiance. On n’a quasiment pas vu de touristes étrangers. Que des ricains la larme à l’oeil, le drapeau américain tatoué à l’épaule et le flingue dans la poche. Faut dire qu’on est aussi tombé à une période où se tenait un des plus gros rallyes de motos au monde (Sturgis, à quelques km). 1 million de personnes attendues, des villes fermées aux voitures. Et surtout des bikers de partout, à 95% sur des Harley-Davidson. Des bikers tout bien tatoués avec les santiags, le jean troué impec, le tee-shirt AC/DC et la veste en cuir. Mais toujours avec le drapeau américain. Tu sens que c’est pas le moment de tenter la vanne à 2 balles sur les US ; ils sont sympas, l’ambiance est bon enfant, mais y’a des sujets sacrés. La Harley, AC/DC, la bière et la patrie.

De retour à la maison, on nous a dit que les bikers craignaient sévères ici dans la baie, au coeur des traffics de drogue avec le Mexique. Bon, ben c’étaient pas les mêmes. Ou c’est la magie du mont Rushmore.

Crazy Horse

Le mont Rushmore résume bien l’Amérique. Erigé sur une montagne sacrée pour les indiens (“Native American” on dit ici), par un fervent militant du KKK. Toujours dirigé par des blancs. Puis finalement mis sous la direction d’un Native depuis 2004 comme signe d’apaisement.

Mais les indiens étaient plutôt vénères au début. Donc ils ont répliqué en lançant en 1948 un projet concurrent, le Crazy Horse Memorial, en l’honneur du chef sioux. A 25km du mont Rushmore. Et qui relègue ce dernier en monument du village. La tête des présidents fait 18m. Celle de Crazy Horse 27m. Oui mais la tête de Crazy Horse est juste une petite partie du truc. Car elle est posée sur un torse avec 2 bras dépliés chevauchant un cheval ! 172m de haut au total !

Enfin ça c’est le projet. Car à ce jour, y’a que la tête. Ça a démarré en 1948, mais ça végète. Faut dire que le sculpteur a toujours refusé les fonds publics et que ça tourne à l’aide des donations et des entrées visiteurs. Le mec a bossé 40 ans, jusqu’à sa mort en 1988 sans même avoir fini la tête (lui voulait faire celle du cheval en premier) ! C’est sa femme et ses gosses qui ont pris la relève pour finir la tête et faire venir les touristes. Mais ça avance tout doucement, les investissements ont surtout l’air de se faire côté touristique maintenant, avec un super musée sur la culture indienne. Je parierais pas que mes gosses puissent voir l’ensemble finalisé un jour.

Badlands National Park

Un peu à l’ouest du mont Rushmore et de Crazy Horse se trouve un parc national, Badlands. Très différent de ceux qu’on a vus jusqu’à maintenant. Aride, avec beaucoup de relief très peu élevé, parfois acéré parfois rebondi, toujours remarquable par ses strates colorées. Moins d'”attractions” uniques comme d’autres parcs, mais tout est superbe, on a l’impression de se balader dans des décors de films. D’ailleurs, c’est là qu’a été tourné Danse avec les loups. Faut quand-même baisser la tête par moment, car y’a des panneaux signalant des crotales de partout.

En repartant du parc, on se chope un orage sur la highway. Du costaud, on n’y voit plus rien, on doit s’arrêter sur le côté, comme tout le monde. Et ça continue à s’intensifier, avec de la grêle. On croise un regard d’inquiétude avec Madame. En France, lors d’un orage, tu risques pas grand-chose dans ta voiture. Là on n’oublie pas qu’on n’est pas en terre civilisée. Sur la côte, on se tape les tremblements de terre, par ici ils se tapent des tornades. Donc pendant 10 min, on fait pas les fiers, sachant que de toute façon on peut rien faire dans cette voiture qui a de plus en plus l’air de vouloir décoller. Et on se dit que y’a toujours pire avec tous ces bikers qu’on voyait en tee-shirt 5min plus tôt. Et puis ça s’arrête d’un coup. On reprend la route pour retrouver un ciel bleu 2km après.

Devils Tower

On repart le lendemain pour plus 7h route plein ouest pour traverser le Wyoming et rejoindre Yellowstone. Madame avait repéré Devils Tower, un National Monument à 2h du mont Rushmore. Un énorme monolithe de quasi 400m qui semble avoir poussé comme un arbre et qu’on connait tous au moins via Rencontre du troisième type.

Au musée de Crazy Horse, on avait lu une des légendes indiennes associée à cette Tour du Diable, avec un dessin qui a inquiété les enfants. L’histoire de 7 petites indiennes dont le frère se transforme soudainement en ours et qui s’apprête à les croquer. Elles montent sur un rocher et invoquent le Grand Esprit qui fait grandir le rocher jusqu’à ce qu’il les mette hors d’atteinte de l’ours. Au point de monter dans le ciel et de devenir les 7 étoiles de la Pléiade. Les traces des parois de la tour sont donc celles des griffes de l’ours, ce qui nous a semblé effectivement l’explication la plus plausible, car le salmigondis scientifique à base d’érosion et de refroidissement de la roche parait un peu tiré par les cheveux.

On a donc fait le tour de la tour avec Mamzelle zieutant son grand frère avec angoisse, lui profitant moyennement de son avantage en raison des traces d’ourse peintes tout du long du sentier et qui lui rappelaient que y’avaient probablement d’autres grands-frères dans le coin.

En tout cas, ce caillou laisse vraiment une impression incroyable, vu de loin et de près.

South Dakota – Wyoming

On repart pour la dernière grosse destination du voyage, qui fera l’objet d’un troisième billet tellement elle s’avèrera magique, Yellowstone.

Alors qu’on a fait les 2 tiers de la route du jour, on voit un panneau indiquant que y’aura pas d’essence les 65 prochains miles (~100km). Hmm, on est à moins de 2 barres sur la jauge. Certes, on est un peu juste, mais je le sens bien.

Hmm. On est un peu juste quand-même. 50 miles d’autonomie tu dis, titine ? Hmm, tu bluffes.

C’est vraiment plus fort que moi, je sais pas faire demi-tour. Petite dispute avec Madame, il en faut toujours une pendant un voyage (oui, de dispute aussi).

Hmm, on commence la réserve. Je passe en mode économie et je décélère.

Hmm, plus que 25 miles à faire, mais plus que 18 miles d’autonomie, ça s’annonce tendu.

Mais non, y’a rien les gosses !

Tain, mais qu’est ce que j’ai fait pour mériter une mère qui m’a refilé ces foutus travers. Je suis bon pour marcher 1h au bord de la highway en plain caniard et livrer la petite famille aux serial-killers du Nebraska.

Hmm, le GPS dit plus que 5 min avant la prochaine station-essence. Ah, mais la voiture dit plus du tout d’essence. Bon elle roule toujours. Programmée par des ricains cette bouse de jauge électronique.

Allez, on aperçoit la sortie, au pire j’aurais plus qu’à marcher 20 min A/R maintenant.

Allez, elle roule toujours!

Elle va le faire !

Elle l’a fait !

Tranquille.

> Troisième partie >


Les photos (ensemble du voyage) sont toujours au même endroit (mot de passe requis) :

[Contenu privé, veuillez saisir le mot de passe (ou demandez-le à contact@ricanologie.com)]

Road trip 2015 – Partie 1

[Une fois n’est pas coutume, sous la menace de mes proches, je dois accorder le morceau musical au contenu du billet, avec les titres les plus écoutés dans les radios locales lors du périple].

Notre premier road trip en famille est terminé. 18 jours. 7 états. 4357 miles (7011 km). 4026 photos (après tri). 112 pauses restrooms pour les filles. 112 Not again des garçons.

La préparation

Comme Madame connait déjà les parcs de l’Ouest du côté de Las Vegas, on est parti sur un itinéraire moins classique. Le but premier était d’aller à Yellowstone, un peu isolé à déjà 3 jours de route au nord-est. Et le Mont Rushmore nous titillait bien (les têtes de présidents sculptées dans la montagne), mais c’est encore plus perdu au milieu du pays. Mais c’était le moment ou jamais. Quelques soirées de planification plus tard, on avait notre itinéraire de 18 jours.

Roadtrip map

 

C’est la première fois qu’on prépare vraiment un voyage. Généralement, on se limite à acheter 2 guides (si possible le Routard pour la bouffe et le culturel, et le Lonely Planet pour le pratique), on voit grosso-modo où on veut aller et on avise ensuite au jour le jour. Là c’était pas vraiment possible. Les parcs américains ont beau être nombreux et souvent immenses, il faut parfois s’y prendre une année à l’avance pour des offres d’hébergement parfois minimalistes et gérées par une seule société qui s’est vue accorder le monopole pour un parc. Et les hôtels se remplissaient aussi à une vitesse folle dans des coins touristiques comme le Mont Rushmore.

Du coup, on a planifié au jour le jour la totalité du voyage, 4 mois à l’avance, en réservant tous les hôtels. Ce qui m’a donné un coup de vieux. Ma p’tite mère m’a montré gamin combien un voyage s’appréciait par la spontanéité et l’improvisation au jour le jour. Là j’avais un peu l’impression de partir en voyage organisé. Et y’a pas le droit à l’erreur. Mais au final, c’était juste parfait !

Le parcours

Berkeley -> Utah

On commence par 2 étapes de transition et 13 h de route au total pour quitter la Californie et ses routes bouchonnées et rejoindre les premier parcs de l’Utah, au nord-est de Las Vegas.

On craignait un peu la traversée du Nevada, expérience qui s’annonçait traumatisante par son néant. La route 50 qu’on a empruntée est d’ailleurs nommée “The Loneliest Road in America”. Ben finalement on s’est régalé. Des paysages de steppes à perte de vue qui alternent avec des petites montages colorées, rondes ou escarpées. Des patelins perdus qui ressemblent pas du tout à ce qu’on a ici.

On s’est aussi de suite rassurés sur le temps passé en voiture, qui s’apparentera plus à du plaisir touristique ou du repos qu’à du transport. Souvent seuls sur la route, en pilotage automatique sur des routes rectilignes, y’a moyen de faire sa sieste au volant tranquille.

Capitol Reef National Park (Utah)

C’est pas le plus connu des grand parcs, mais il nous a mis dans l’ambiance du Grand Ouest. Pleins de formations rocheuses atypiques qu’on retrouvera aussi plus tard, avec partout des strates colorées rouges / roses / vertes / grises , des canyons, des rochers à l’équilibre précaire ou aux formes délirantes, des oasis de verdure au milieu de zone désertiques, des arches naturelles en pierre.

Pour en savoir plus :

Goblin Valley State Park (Utah)

Celui-là est petit mais original et vaut vraiment le détour. Il doit son nom à ses formations rocheuses au profil de Goblins. Mouais, Mushroom Valley aurait été plus honnête, mais peu importe la ressemblance, le paysage est incroyable.

“Ta mère à poil dans un champ de bites, elle sait pas où s’asseoir”, chantaient les poètes dans mes années de post-adolescence. Certes. Nous aussi on savait pas où donner de la tête, surtout les enfants qu’il fallait rattraper grimpant sur ces rochers de 3, 4 mètres. Ils s’éclatent, mais on voit poindre un orage qui s’apprête à faire pareil et on organise un rapatriement d’urgence sous des cieux magnifiques. On pique-niquera dans la voiture pour assister au spectacle.

Dans le même parc se trouve un superbe “slot” canyon, i.e. un canyon si étroit qu’inempruntable par un américain moyen. Les rangers nous ont déconseillé d’essayer, pas en raison de notre ligne, mais du temps : en cas de forte pluie, ça se remplit vite et forme de beaux torrents. On fait nos français-qu’en-font-qu’à-leur-tête, et on fait bien. On aura toujours la tête en direction du ciel pour anticiper, mais le temps se découvre et le canyon est magnifique par ses formes et couleurs. Les enfants font leurs Olmèques à courir et sauter sur les parois pentues du canyon, faut insister pour terminer la balade, le comble.

Pour en savoir plus :

Arches National Park (Utah)

Un parc unique par ses formations rocheuses en forme d’arches. Plus de 2000 qu’ils disent. De toutes les tailles. La parc se visite via une route transverse de 35km qui permet de s’arrêter à différents endroits et partir pour des balades plus ou moins longues.

On est arrivés vers 9h, on en repartira vers 19h, avec environ 6h de marche. Inutile de dire que les enfants se sont écroulés à peine montés dans la voiture au retour. Donc on voit des arches naturelles, souvent magnifiques et dont on comprend qu’elles évoluent dans le temps : certaines s’affinent car des rochers tombent, d’autres s’agrandissent, se forment, disparaissent. On voit aussi plein d’autres formations rocheuses superbes et des paysages fascinants à perte de vue. Certaines balades sont vertigineuses, on tient la main des gamins pour être sûrs de bien tomber avec eux (ou alors pour qu’ils nous rassurent par leur insouciance). Eprouvantes aussi car dénuées de toute ombre. Et faut bien trimballer des litres d’eau, ce sera de toute façon le cas dans tous les parcs.

Côté population, on a l’impression d’être en France. Cette région de Moab, a un coté routard, elle se mérite via des efforts de marche. On ne verra pas de déferlements de touristes asiatiques comme plus tard dans des coins plus accessibles. Et pas beaucoup d’américains non plus.

Pour en savoir plus :

Canyonlands National Park (Utah)

Canyonlands est à 1h de Arche. Mais vous avez compris qu’il s’agit là de canyons et pas d’arches hein ? Encore une fois, les paysages sont immenses et fascinants. En une journée, on ne fera que la partie la plus accessible, “Island in the Sky”. Comme dans pleins d’endroits, faut d’ailleurs avoir un 4×4 pour aller dans des coins plus reculés. Pleins de courtes (30min – 1h) balades magnifiques, surplombant des canyons et immenses cratères.

C’est pour nous assez stupéfiant et vraiment agréable de voir des lieux touristiques aussi peu sécurisés et peu marqués par l’exploitation humaine. On y reviendra dans nos conclusions finales.

Pour en savoir plus :

Colorado National Monument (Colorado)

Le lendemain, on arrive au Colorado, où on ne fera qu’une étape pour un parc dans la même lignée que Canyonlands, mais plus petit et plus concentré en points d’intérêts. Parc très peu touristique, avec beaucoup de locaux pour une fois, mais vraiment magnifique.

L’histoire de la création des parc est aussi souvent super intéressante, souvent fruit d’une aventure personnelle d’un illuminé qui va s’arracher pour mettre en valeur un terrain magnifique mais hostile. Pour ce parc, le mec en question a fait son mariage en mode rustique en plein milieu du parc, au pied de l’Independence Monument, et sa femme n’a tenu que quelques semaines dans ce mode de vie.

Toujours le même topo avec une route unique qui traverse le parc et offres des superbes points de vue et différentes balades. On finira encore la journée yeux et jambes rassasiés. Les ventres seront récompensés le soir dans un resto Japonais tape-à-l’oeil d’un coin paumé dans lequel on ira à reculons mais qui s’avèrera probablement l’un des meilleurs qu’on n’ait jamais fait. On a finalement plus mangé asiatique qu’américain durant ce road trip. Sortis de la Californie, c’est pas évident de trouver autre chose que du fast-food après 21h.

Pour en savoir plus :

A ce moment, on n’a fait qu’une semaine de voyage. Et on a commencé par les apéritifs !

> Deuxième partie >


 

Pour voir plus de photos (ensemble du voyage) avec nos tronches niaises de touristes, saisissez le mot de passe :

[Contenu privé, veuillez saisir le mot de passe (ou demandez-le à contact@ricanologie.com)]

Lake Tahoe : bonshommes de neige et châteaux de sable

Y a 3 semaines, j’ai appris qu’on passerait la Saint-Valentin avec ma belle-mère, qui venait d’avancer son voyage de 2 mois. Ah ?

J’avais pas envisagé le week-end de 3 jours (oui, encore un jour férié) que j’avais réservé au Lake Tahoe de la sorte. En même temps, fêter la Saint-Valentin nous excite généralement autant que de sortir les poubelles, donc c’est pas le drame. Et je l’aime bien ma belle-mère.

Le Lake Tahoe, c’est la destination verte préférée de la populace de la Baie (enfin, celle qui peut se le permettre). A 3/4 heures au nord-est (selon les bouchons). Les plus doués en anglais auront compris que c’est un lac. Mais assez unique :

  • presque 1900m d’altitude
  • 35 x 19 km (le plus grand d’Amérique du Nord)
  • jusqu’à 500m de profondeur
  • tellement pur qu’on peut voir à 20m de profondeur

On s’est posé au sud du lac, dans la ville créativement nommée South Lake Tahoe. Pas la plus authentique ni la plus jolie du coin, mais la plus pratique et la plus animée. Avec un découpage façon 2ème guerre entre Californie et Nevada séparées par une rue centrale. Marihuana à l’ouest, casinos à l’est. Je sais toujours pas quel ordre de pratique est le plus recommandé.

P1030877 P1030924Lake Tahoe est aussi la destination hype pour le ski. Plein de stations entourent le lac. La plus chicos, Heavenly, part directement du centre de South Lake Tahoe. Des oeufs qui circulent en permanence au dessus du centre vous frôlent les oreilles ou vous emmènent sur les pistes à 3000m. Le trajet vaut largement les 52$, même si on ne skie pas. Et puis ça se digère mieux quand le forfait de ski est à 125$ la journée (3h dans notre cas), l’heure de luge à 30$, le café à 6$ ou la bière à 11$.

 

 

Quelques descentes de ski et un gros bonhomme de neige plus tard, on descend découvrir le lac et on se pose sur une immense plage de sable. L’heure est à la trempette et aux châteaux de sable ! Ca reste assez exceptionnel en cette saison. On aurait du chausser les chaînes et les bottes si le temps était un minimum sérieux et faisait son taf.

Plage d'Elk Point
Plage d’Elk Point, à quelques km au nord-est

L’été et les hivers indiens sont aussi propices aux balades en montagne tout autour du lac. On a passé le 2ème jour vers Emerald Bay, au nord-ouest. Marches tranquilles mais absolument superbes vers un lac glacé (Eagle Lake) et un torrent (Eagle Falls). Avec des vues sur le Lake Tahoe à couper la parole à toute la petite famille, c’est dire (mais très momentanément) !

Vue sur le Lake Tahoe
Vue sur le Lake Tahoe
Eagle Lake
Eagle Lake. Un louchedingue a fait un plongeon devant nous !

Par contre, on est pas tout seul, à notre descente, l’unique sentier est bien chargé dans les 2 sens, avec des chiens de toutes tailles promenant leur maître. Mais il parait que ça n’a encore rien à voir avec l’été.

Retour sur le Lake Tahoe le 3ème jour, avec un nouveau coin magnifique, Sand Harbor Overlook, en montant au nord-est du lac. Eau pure paradisiaque, rochers magnifiques, grandes plages et petites criques. Entre le temps estival et l’absence de peuple, on a eu une sacrée chance. Ca doit être l’effet belle-mère.

Plage qui doit être noire en été
Plage qui doit être noire en été
Terrain de jeux de nos demi-pommes
Terrain de jeux de nos demi-pommes
Sans commentaire
Sans commentaire

Courte halte au retour dans la capitale californienne, Sacramento, située à mi-chemin entre le lac et San Francisco. Marche au coucher de soleil entre maisons de western et immeubles modernes :

P1000597 P1000599Et puis dans une ruelle (enfin une ruelle américaine étant une bonne rue française), on aperçoit une terrasse de restaurant cachée, magnifique, mais déserte malgré une musique douce de jazz style années 50. C’est la cour d’un resto à priori ultra-connu et hyper-chic de Sacramento, le Firehouse. Avec des ricains qui s’habillent élégamment, ce qui nous fait un choc. On commande bières et jus de fruits et on s’installe seuls dans cette cour et dans la douceur (20 – 22°C vers 19h) de cette soirée hivernale avant de rentrer sur notre Baie…

Pour plus de photos (2 albums selon que vous disposez du mot de passe ou non) :

 

Thanksgiving, Black Friday, Monterey, Carmel, Big Sure

(Pour ceux qu’ont pas remarqué, y’a maintenant un morceau de zique au début de chaque billet pour se mettre dans l’ambiance. Faut cliquer sur le bouton Play pour le démarrer.)

      Java-Samba-Do-Jerusalem.mp3

On a même pas eu le temps de vous parler d’Halloween (toujours sous le choc) que Thanksgiving est déjà passé. La dernière semaine de Novembre demande de les avoir bien accrochées avec Thanksgiving et le Black Friday.

Si ta mère est pas une dinde ni ton père un dindon, ici t’attends Thanksgiving avec impatience. Moi aussi je trépignais de cuisiner ma bête, je suis pas sûr d’avoir tripoté aussi gros dans ma cuisine (14 pounds / 6,5Kg). La sensation était assez étrange, façon serial killer qui prépare compulsivement sa victime. Servie avec les honneurs d’une sauce de cranberries, d’un stuffing, d’une purée de patates douces épicée, et d’haricots verts simples pour se reposer les papilles. Résultat pas ridicule. En même temps y’avait pas de ricains à table pour juger…

Ca c’était le dimanche, car on a préféré faire une échappade au sud les 3 jours précédents. [Oui y’a des congés et des jours fériés aux US. Mêmes autant voire plus de jours fériés qu’en France (10-12 / an). Et avec les ponts en bonus, sympathiquement octroyés par certaines boites comme la mienne.]

Monterey

Monterey est une petite ville située à 2h au sud de San Francisco, sur la côte Pacifique. Mondialement connue pour son aquarium. J’avais souvenir d’une jolie ville portuaire tranquille. Soit ma perception de y’a 15 ans était plus conciliante, soit la ville s’est bien développée. On a pioché dans l’un des quelques 200 hôtels du coin, en centre ville pour pouvoir picoler le soir la conscience tranquille et éviter aux mioches de nous ramener en voiture. The Stevenson Monterey. Pas le truc le plus romantique du coin, mais rien à redire.

Au final on aura pas vu grand chose de la ville étant en escapade la journée. On a fait 2 bons restos : Le Old Fisherman’s Grotto, qui semble être l’adresse chic du coin et qui tiquait au début à cause des enfants qui risquaient de nuire à la tranquillité des clients. Pour une fois que l’enfant n’est pas roi ici, la remarque nous a laissé perplexe. La nourriture aussi par rapport au standing et à la réputation de l’établissement (bien que honnête). L’autre resto, un grec, l’Epsylon, à la déco kitsch mais avec un super service et des assiettes gourmandes. En dehors des restos, une séance de patinage à la patinoire en plein air pour se prendre froid et quelques gamelles. Et bien sur la visite de l’aquarium.

Mouais. A l’américaine, donc orienté divertissements pour enfants. C’est chouette d’éviter l’approche encyclopédique vieillotte, mais là c’est trop pour nous. On y passe quand-même 4h parce que les enfants s’éclatent dans les toboggans et les diverses expérience ludiques. Faut aussi reconnaître qu’ils sont forts dans la présentation des aquariums avec des explosions de couleurs assez scotchantes. Et des méduses sublimes. Bon c’est pas non plus l’arnaque, on regrette pas, mais la réputation est plutôt surfaite. On était hier à l’aquarium de San Francisco, plus humble, et on l’a tous les 4 largement préféré.

Carmel

Carmel, par contre, change pas. Petite ville voisine de Monterey, chloroformée dans un style bourgeois-bohème, avec pleins de maisons sublimes, de galeries d’art et de p’tits vieux. Ici tu sens que y’a des règles. Toi le touriste, t’es accepté pour faire rentrer les tunes et montrer aux propriétaires combien leur maison est jolie, mais va pas trop loin non plus, on te surveille. L’ami Clint “Dirty Harry” a été longtemps maire ici, ça sent pas la ville la plus progressiste de Californie. Mais sûrement une des plus jolies. En même temps tu paumes un bifton dans la rue le matin, tu le retrouves le soir. Nous on a perdu plus précieux : le doudou de Mamzelle. La maman a voulu a tout prix revenir le soir dans le coin pour le retrouver, sous les moqueries du barbu car on avait pas idée du coin ou on aurait pu le perdre, et ben on l’a retrouvé. Sont fous ici quand-même.

Maison typique de Carmel. Avec le drapeau et les vioques.

 

Point Lobos

Bon, on était surtout venu pour se balader dans les parcs du coin. Point Lobos est un des plus connus, au sud de Carmel. Pas du genre hostile, plutôt le plan où tu peux venir avec ta caisse et déposer mamie ou ton groupe de japonais pour prendre l’air sur les sentiers côtiers tracés au pinceau. Mais l’endroit est sublime et bien préservé. Paysages avec falaises, cyprès suicidaires, rochers croulants sous les éléphants de mer, bois baignant dans une lumière magique où t’attends de voir les elfes sortir à tout moment, magnifique. Y’a aussi moyen de voir des baleines, mais on n’aura pas eu cette chance.

Brrrr…
Notre cascadeur de toutes les situations

Big Sur

C’était mon coup de coeur de y’a 15 ans. Ca l’est toujours. Immense parc naturel encore plus au sud (on est à 3h de San Francisco) avec des sentiers qui montent en forêt et délivrent des vues sublimes avec des à-pics sur l’océan.

La différence est que y’a maintenant les enfants et que faut revoir les objectifs à la baisse côté marche. Mais on aura quand-même gambadé 4h30, y compris le petit homme, tout fier en fin de journée. Plus compliqué pour la petite soeur et donc les épaules du vieux, mais de quoi être fatiguée et fière elle aussi.

On tourne la tête 5min que notre cascadeur était déjà dessus, à 2m50 de hauteur
On tourne la tête 5min que notre cascadeur était déjà dessus, à 2m50 de hauteur

Pas mal de monde (les parkings sont remplis), mais les sentiers se dégarnissent vite au fur et a mesure de la montée. C’est pas non plus du sentier de papy-mamie, souvent étroits, réveillant parfois les travers vertigineux du barbu, glissants. Sympa aussi de voir qu’on se salue en se croisant (“Hi”), quand on est habitué à voir les gens ne pas se dire bonjour le matin au boulot.

On a fini la journée en assistant au coucher de soleil puis à une séance surréaliste d’un mec jouant avec son drone qu’il faisait décoller / atterrir à nos pieds, on était tout quatre comme des gosses devant ce bijou.

McWay Waterfall
McWay Waterfall

La route 1, qui longe toute la côte Pacifique est aussi magnifique. Bon on a fait 1h de bouchons pour rentrer sur Monterey le soir, mais la ligne serpentueuse de phares rouges était aussi superbe.

Plus de photos ici (toujours le même mot de passe) :

[Contenu privé, veuillez saisir le mot de passe (ou demandez-le à contact@ricanologie.com)]

 

Balade a Tilden Park

      Yves-Simon-Au-Pays-Des-Merveilles-De-Juliet-Psychemagik-Edit.mp3

Une des raisons de s’installer à Berkeley plutôt qu’à San Francisco, c’était aussi la proximité avec la nature ; pour les campagnards que nous sommes, c’était non négociable. On a bien fait une virée à la plage, y’a quelques semaines, mais on avait plus passé notre temps à discuter avec des amis que marcher au bon air. On a comblé cette hérésie y’a quelques jours.

Direction Tilden Park, un parc à moins de 10 min de voiture de chez nous, en montant le flanc montagneux qui borde Berkeley sur la partie Est.

Tilden ParkJournée sans surprise niveau temps, toujours grand ciel bleu (c’était le 8 Novembre, là on commence à avoir des temps nuageux voire pluvieux). On part en fin de matinée avec des sac à dos légers, pique-nique pour le midi, petit pull de secours, indispensable dans la Baie. On arrive au parking, quasi plein, on se doutait qu’on serait pas les seuls à profiter des derniers jours chauds de l’automne.

On commence par un petit tour à “Little Farm” pour les enfants. Plus un zoo qu’une ferme pour les gosses des villes qui ne voient des poulets qu’à poil les 4 fers en l’air dans leur assiette. Poules, canards, oies, moutons, vaches, cochons, chèvres, à qui les enfants apportent de la salade. Ça reste des animaux en cage, mais les enfants s’amusent. Pas moi, qui me suis rendu compte que cette foutue cervelle mono-neuronale rouillée qui me sert de centre de contrôle a oublié l’appareil photo à la maison.

IMG_20141108_143943On a repéré plusieurs sentiers qui permettent de faire des boucles de 2-4h. On part sur un chemin large pour piétons et cyclistes. On s’arrête rapidement au bord d’un étang façon Sologne. Ils appellent ça un Lake, soit. En tout cas le lieu est vraiment chouette. Avec un sentier sur pilotis sur plusieurs centaines de mètres, magnifique. Puis on attaque un autre sentier qui s’engouffre dans une forêt d’eucalyptus. Plus personne en vue, odeurs et sons façon jungle tropicale. Dépaysement total. L’eucalyptus, j’en voyais pas tous les jours jusque là. C’est vraiment magnifique, entre les couleurs, l’écorce, la forme torsadée, les graines, les odeurs, la taille immense.

Négociations serrées avec la râleuse de la famille (la petite) pour limiter l’utilisation du vieux comme mulet, on continue a monter le petit sentier au milieu de la forêt. Puis on change tout d’un coup de paysage. Collines arides, façon steppe. Chaleur inattendue. A mi-hauteur on s’arrête pour une pause pique-nique avec une vue superbe qui fige un San Francisco et une Baie dans un calme assez sidérant.

Chaque virage de la montée montre une vue de plus en plus belle. Et des signes d’agacement de moins en moins contrôlés de l’autre trouduc qui a oublié son appareil photo. Bon, ça me fait jouer avec les panoramiques de mon portable.

PANO_20141108_140252-001

Au sommet, on a une vue à 360, magistrale. Toute la Baie et ses 3 ponts, et la partie intérieure de l’East Bay, avec ses lacs et collines arides.

IMG_20141108_141629

On redescend, on passe dans un endroit étrange, un mémorial du Rotary Club où est planté un arbre par année en l’honneur d’une célébrité qui a oeuvré pour la paix, genre Mère Térésa ou Georges Bush (sic). Bizarrement j’ai eu une envie soudaine de pisser de la soude caustique, mais j’ai pas trouvé son arbre à çui-là.

Puis on s’engouffre dans une nouvelle partie de la forêt encore assez différente, plus proche de ce qu’on peut avoir en France. On voit passer des lapins et des perdrix. Avant de retourner au milieu des eucalyptus et de retrouver nos amis les bêtes à la ferme. 3h de marche, c’est pas mal pour les enfants. Ils remplissent la voiture des bâtons magiques qu’ils ont accumulés.

Pause goûter et réconfort à l’Espresso Roma en face du Monterey Market, avec ses délicieux jus de pastèques et sa terrasse ombragée qui fait penser à un coin d’Italie. Un écureuil vient négocier des bouts de cookies des enfants. Ils ont beau en voir partout sur Berkeley, y compris à la maison, ils sont toujours fascinés par ces bêtes, sauvages, elles. Les parents aussi. Fascinés, je veux dire. OK sauvage aussi le barbu.